Langues de Guyane

La Guyane française offre un cas typique de grand plurilinguisme pour une population restreinte (évaluée à 170 000 personnes). Outre le français, langue officielle, sont parlées des langues de migrants - donc langues étrangères - mais aussi une dizaine de langues qui présentent les caractéristiques des langues régionales (citoyenneté : elles sont parlées par des citoyens français, et territorialisation : elles sont parlées dans des zones identifiables du territoire français). Elles seront présentées en quatre groupes :

-  le Créole guyanais -  les langues amérindiennes  -  les créoles noirs marrons (ou langues businenge) -  le hmong

Chacun de ces groupes de langues, voire chaque langue au sein d’un groupe, pose des problèmes spécifiques qui peuvent nécessiter une approche diversifiée (selon le chiffre de population, la zone géographique, le statut social des locuteurs ou le niveau d’altérité proprement linguistique de la langue). On donnera donc un certain nombre d’indications d’ordre linguistique et sociolinguistique à propos de chacune de ces langues.

En l’absence de statistique officielle qui serait issue d’une enquête rigoureusement menée sur les langues parlées en territoire français, le nombre de locuteurs est de toutes ces données celle qui peut prêter le plus à controverse. On sait d’autre part que là où une partie importante des locuteurs d’une langue est en train de l’abandonner au profit d’une autre (dans le cas de la Guyane, essentiellement le français ou le créole), la notion de locuteur d’une langue peut devenir floue. On est donc dans une situation mouvante, ce qui explique que les estimations antérieures varient souvent du simple au double. Les chiffres cités ici reflèteront cette prudence. On mentionnera cependant dans plusieurs cas les chiffres en général assez précis correspondant à un recensement effectué il y a quelques années par Françoise et Pierre Grenand, ainsi que celui effectué récemment par R&S.Price (2002) pour les Noirs Marrons. Pour les pays voisins, on s’est appuyé sur les données figurant dans l’ouvrage As línguas amazônicas hoje, F. Queixalós et O. Renault-Lescure (éds.), IRD-ISA-MPEG, São Paulo, publié en 2000.

Les langues amérindiennes

Ce sont les langues autochtones au sens strict, parlées par les premiers habitants du pays. Elles sont au nombre de six, réparties entre trois des grandes familles linguistiques de l’Amérique du Sud.

Famille caribe

(ou karib, on trouve aussi cariban en anglais). En Guyane, les deux langues appartenant à cette famille sont le kali’na et le wayana. La famille caribe comprend une trentaine de langues parlées dans les pays du Nord de l’Amérique du Sud, autour de l’Amazone. Dans le Nord du bassin amazonien, elles s’étendent jusqu’à la côte ; dans le Sud, elles vont jusqu’à la haute vallée du Xingu. Les plus occidentales de ces langues sont le carijona (Colombie) et le yukpa (Colombie et Venezuela) N.B. La langue dite caraïbe (insulaire) qui était parlée aux Petites Antilles au XVIIe siècle (et décrite dans le Dictionnaire Caraïbe du P. Breton de 1665) est en fait une langue de base arawak (v. à arawak), mais avec une très forte influence caribe dans le vocabulaire.

Famille arawak

En Guyane, cette famille est représentée par l’arawak (proprement dit), appelé aussi lokono, et par le palikur. La famille arawak (qu’il ne faut pas confondre avec la langue arawak “proprement dite” ou lokono) comprend une trentaine de langues parlées sur la côte Nord de l’Amérique du Sud (la plus importante étant le wayuu ou guajiro de la frontière Colombie-Venezuela), dans la zone amazonienne (Pérou, Brésil, Bolivie) et jusqu’en Amérique Centrale (le garifuna, dit aussi Black Carib, parlé au Belize, au Honduras, au Guatemala et dans une importante diaspora aux Etats-Unis : cette langue est une évolution du Caraïbe insulaire, v. ci-dessus à caribe).

Famille tupi-guarani

Deux langues de cette famille sont parlées en Guyane : le wayampi et l’émérillon. La Guyane représente l’extension la plus septentrionale de cette famille linguistique très présente dans le bassin amazonien (36 langues) et qui s’étend au Sud jusqu’en Argentine. La principale langue de la famille est le guarani, parlé par plusieurs millions de personnes au Paraguay, en Argentine et au Brésil, et actuellement officialisé au Paraguay ; une autre langue très voisine était au XVIIe siècle la langue véhiculaire (lingua geral) dans tout le Brésil colonial.

Voir aussi :

Kali’na  Wayana

Arawak  Palikur

Wayampi  Émérillon

Les langues businenge ou créoles noirs marrons, généralités

Le groupe des langues créoles de base anglaise de Guyane et du Surinam

Répartition linguistique

Ce groupe de langues créoles rassemble 7 variantes linguistiques dont 5 sont représentées en Guyane française : l’aluku, le ndjuka, le paramaka, le saramaka (qui peuvent prétendre au statut de langues régionales), et le sranan tongo, langue véhiculaire utilisée notamment le long du fleuve Maroni. Les deux autres formes linguistiques de ce groupe sont le kwinti et le matawai, parlés exclusivement au Surinam. Du point de vue linguistique, on distingue deux sous-groupes : - créoles de base dominante anglaise : aluku, ndjuka, paramaka, sranan tongo (ainsi que le kwinti du Surinam) - créoles de base anglaise relexifiés à partir du portugais : saramaka (ainsi que le matawai du Surinam).

Répartition sociolinguistique

Ces langues correspondent à des usages et des groupes très différenciés sociologiquement. On distingue là encore deux sous-groupes qui ne recouvrent pas les sous-groupes linguistiques : - le sranan tongo : à l’origine langue des Créoles du Surinam, elle est la langue véhiculaire la plus répandue de ce pays, et sert également de véhiculaire dans l’Ouest guyanais (région de Saint Laurent). Elle est utilisée dans les échanges extra-communautaires (entre Noirs Marrons et Amérindiens ; entre Noirs Marrons et Créoles guyanais ; entre Noirs marrons et métropolitains) - les langues des Noirs Marrons (appelées aussi langues businenge ou bushinenge) : il s’agit de langues parlées par les descendants des Marrons qui, dès le début du système esclavagiste, se sont enfuis des plantations (voir le panorama historique pour plus de détails) : ce sont tous les autres parlers cités.

A propos du "taki-taki"

Le terme taki-taki, très couramment utilisé, est pourtant à éviter pour deux raisons : 1. il est dépréciatif et surtout 2. il est ambigu, puisqu’il peut désigner alternativement n’importe lequel des parlers businenge, mais aussi le sranan-tongo, ou une variante de ‘sranan tongo langue étrangère’ qui se développe à Saint-Laurent chez les populations non businenge.

Voir aussi :

Aluku, ndjuka, paramaka

Saramaka

Autres langues parlées en Guyane

La Guyane étant terre d’immigration, de très nombreux étrangers, Français d’origine étrangère, voire Français d’autres DOM-TOM, peuvent parler des langues non citées ci-dessus parce que n’ayant pas les caractéristiques des langues régionales (de citoyenneté et/ou de territorialisation) ou appartenant à une autre région. Il convient cependant de mentionner quelques langues dont la présence est importante ou significative (et peut en particulier constituer un élément de réflexion à l’Education nationale pour la scolarisation des non-francophones).

Créoles de la Guadeloupe et de la Martinique Ce sont des créoles français, très proches du créole guyanais (voir fiche sur cette langue), parlés par environ 7 000 Français originaires des Antilles.

Créole haïtien Le créole haïtien appartient à la famille des créoles français d’Amérique, mais présente des différences plus fortes avec les créoles des DOM français que ces derniers entre eux. Les Haïtiens constituent probablement la nationalité étrangère la plus nombreuse en Guyane (certaines estimations avancent un chiffre de 30 000 personnes).

Portugais du Brésil Langue romane (branche ibéro-romane à laquelle appartient aussi l’espagnol). Elle est parlée par l’importante immigration brésilienne (environ 15 000 à 18 000 personnes ?).

Espagnol Langue romane (branche ibéro-romane) parlée sous diverses variétés sud-américaines par un nombre non estimé d’immigrés de pays du continent, les Péruviens et les Dominicains devant être les plus nombreux.

Sranan tongo Dit aussi créole surinamien (ou surinamais), il occupe au Surinam une place semblable à celle du créole guyanais en Guyane. C’est un créole à base anglaise (comme les créoles dits businenge parlés en Guyane et au Surinam). Il présente cependant un certain nombre de particularités phonologiques (par exemple : maintien de la consonne /r/ dans de nombreux contextes) et lexicales (importance du vocabulaire d’origine néerlandaise). On ne possède pas de données démographiques sur la population de langue sranan.

Chinois La population d’origine chinoise compterait environ 7 000 personnes, pour la plupart originaire de Chine du Sud et de langue hakka. Il faut en effet savoir que ce qu’on appelle chinois recouvre en réalité des langues parfois aussi différentes entre elles que par exemple le français et le portugais. Dans l’usage habituel, lorsque aucun qualificatif particulier n’est accolé, chinois (par exemple, dans “dictionnaire chinois-français”, “cours de chinois”, “grammaire chinoise”) désigne le chinois "officiel" ou chinois "mandarin" ou "pékinois" parlé en Chine du Nord. Ce chinois mandarin joue le rôle d’une langue de prestige, connu de la plupart des Chinois, et enseigné en Guyane par l’Association culturelle chinoise. Mais comme il a été dit plus haut, la très grande majorité des Chinois de Guyane sont de langue hakka. De moindre importance sont le cantonais, le dialecte du Zhejiang et le dialecte minnan.

Lao Environ 150 à 200 personnes d’origine laotienne au village de Dacca (commune de Roura) et à Kourou. Il faut aussi ajouter que les Hmong de Guyane sont d’origine laotienne et connaissent généralement la langue lao.

Autres De nombreuses autres langues sont parlées par des groupes moins importants C’est le cas en particulier de l’arabe libanais, de l’indonésien (dialecte javanais), du hindi, du vietnamien, de l’anglais régional et du créole anglais du Guyana, du néerlandais, du créole (français) de Sainte Lucie.

Les langues de Guyane