Outre-mer

Les langues ultramarines comptées dans la liste des Langues de France sont près d’une cinquantaine : elles constituent de fait les deux tiers de la diversité linguistique interne au regard de laquelle l’État français se reconnaît une responsabilité patrimoniale. Or, l’Outre-mer français est un espace politique dont la géographie est complexe : de la zone Caraïbe à l’Océan Pacifique, en passant par l’Océan Indien, ce sont près de trois millions de personnes qui, citoyen.ne.s français.e.s, parlent le plus souvent, en sus du français langue officielle, une langue ultramarine.

La situation actuelle de ces populations est contrastée. Si la période esclavagiste a donné naissance à de nombreux créoles toujours en usage, les différentes formes prises par la colonisation française dans d’autres territoires a plus ou mois préservé les langues autochtones préexistantes à l’arrivée du français. Par exemple, interdites de publication jusqu’en 1984, les langues kanak de Nouvelle-Calédonie sont toujours près d’une trentaine mais seules quelques unes parmi elles bénéficient d’une visibilité relative dans l’espace public. De leur côté, le wallisien comme le futunien sont encore aujourd’hui les langues du quotidien, et les langues premières des enfants à Wallis et à Futuna. La télévision publique Outre-mer offre ainsi dans certains territoires des journaux quotidiens en deux éditions, l’une en français et l’autre en langue(s) locale(s).

D’une manière générale, les collectivités locales Outre-mer expriment actuellement une inquiétude qui rejoint des préoccupations exprimées à l’échelle internationale, notamment via la voix de l’UNESCO : certaines langues ultramarines sont actuellement considérées comme « en danger », puisque, souvent considérées comme « mineures » – c’est-à-dire sans intérêt économique –, elles sont de moins en moins transmises et parlées dans l’environnement familial. Un certain nombre de mesures institutionnelles (création d’académies des langues telles que l’Académie tahitienne en 1972 ou l’Académie des langues kanak en 2007, création d’un CAPES de créole en 2001) prennent le contre-pied de cette tendance, et visent explicitement à maintenir le plurilinguisme ultramarin. Les populations des Outre-mer français, à la fois francophones et plurilingues, font donc désormais face à des choix cruciaux quant à la transmission linguistique et culturelle de leur patrimoine.

 

Zone caraïbe

La zone Caraïbe offre une grande diversité linguistique : aux côtés des langues amérindiennes de Guyane, l’on trouve des créoles à base lexicale aussi bien française qu’anglaise, hérités de la période esclavagiste. Toutes ces langues sont actuellement en contact avec de très nombreuses autres, pour la plupart issues des mouvements migratoires entre les territoires français et les autres territoires de la zone (par exemple Brésil, Suriname, Haïti).

 

Réunion

Le créole réunionnais s’est constitué dès le XVIIIe siècle en raison du besoin de communication entre esclaves de différentes origines, d’une part, entre les esclaves et les colons, d’autre part. Le créole contient des éléments de la langue parlée par les premiers colons, originaires surtout du nord et de l’ouest de la France (termes de marine), des éléments empruntés aux langues malgache, tamoule, hindi, gujrati, chinois mais aussi à l’espagnol, au portugais et à l’anglais.

 

Mayotte

À partir de la colonisation française, les langues comoriennes (dont le mahorais ou shimaore) se sont différenciées du swahili. Puis, par des alliances entre des familles arabes du Yémen, de Zanzibar et des familles locales régnant sur l’archipel, l’arabe a été importé à Mayotte. De cette époque (environs du XVIIIe siècle) datent les documents écrits et les manuscrits en langue arabe, en swahili ou en comorien rédigés en caractères arabes. Le XIXe siècle a vu l’arrivée d’un grand nombre de Malgaches sakalava dans le sud de l’île. Cette période marque le début de la cohabitation entre un peuplement arabo-shirazi au nord et un peuplement sakalava au sud. Voilà pourquoi les habitants parlent encore aujourd’hui la langue malgache de Mayotte (shibushi) dans ses deux variantes, le sakalava et l’antalaotsi. Enfin, la France ayant colonisé le territoire, les « résidents » s’emparèrent progressivement du pouvoir et imposèrent la langue française.

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Nouvelle Calédonie

Près d’une trentaine de langues kanak sont actuellement parlées en Nouvelle-Calédonie : elles confèrent à ce territoire une diversité linguistique remarquable, et à vrai dire unique dans l’ensemble que constituent les Outre-mer français. Ces langues kanak sont en contact avec de nombreuses autres langues : le français, mais aussi les langues apportées par l’immigration en provenance d’Asie du Sud-Est ou des îles avoisinantes du Pacifique Sud, ou encore l’anglais, langue des touristes de l’Australie voisine par exemple. On parle également un créole, le tayo, apparu au début du XXe siècle à la plantation de la mission de Saint-Louis, non loin de Nouméa.

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Polynésie française

Les langues polynésiennes sont des langues d’origine austronésienne, qui se sont différenciées et ont été nommées selon l’archipel où elles sont parlées : le tahitien sur l’archipel de la Société ; les langues des australes (aussi appelées australéen) sur l’archipel des Australes ; le mangarévien sur l’archipel des Gambier ; le paumotu sur l’archipel des Tuamotu ; le marquisien sur l’archipel des Marquises. Les langues polynésiennes orientales, y compris au-delà de l’espace géographique de la Polynésie française (ex. māori de Nouvelle-Zélande, hawaïen, pasquan, etc.) sont très proches sur le plan morphosyntaxique, même s’il existe parfois des différences lexicales sensibles.

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  • Langue des Tuamotu (reo pa’umotu)

    Polynésie française

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  • Langues des Iles Australes (reo tuha’a pae)

    Polynésie française

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  • Mangarévien

    Polynésie française

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  • Marquisien

    Polynésie française

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  • Tahitien

    Polynésie française

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Wallis et Futuna

Les langues de Wallis et de Futuna sont des langues d’origine austronésienne. Le wallisien a subi l’influence du tongien, suite à des invasions tongiennes à Wallis il y a plusieurs siècles, alors que le futunien est resté relativement plus proche du samoan. Néanmoins, suite, d’une part, aux premiers contacts avec les baleiniers et autres commerçants anglo-saxons, et à la présence de nombreux « Marines » américains (à Wallis seulement) pendant la Seconde Guerre mondiale, et, d’autre part, suite à la christianisation à partir du XIXe siècle, le wallisien et le futunien ont tous deux emprunté du vocabulaire à l’anglais et au latin d’église ; à partir de 1961, date du changement de statut du territoire, auparavant protectorat, les emprunts se sont surtout faits à partir du français.