Ajië

1. Nom de la langue : ajië, langue de Houailou, noté aussi a’jië. La dénomination « ajië » peut avoir un sens large et englober aussi les langues considérées comme proches de l’ajië, linguistiquement et géographiquement. Ce sens élargi prévaut dans l’appellation de l’aire coutumière « Ajië-Aro ».

2. Famille linguistique, indications d’ordre linguistique. L’ajië de la région de Poya (côte ouest) ainsi que celui de la basse vallée de Kouaoua sont considérés comme des formes dialectales de l’ajië proprement dit, au sein duquel on distingue divers parlers (vallée, littoral, Monéo...).

3. Aire géographique : aire coutumière Ajie-Aro. La langue ajië est parlée sur la côte est de Monéo à Kouaoua et dans la vallée de Houailou. Par delà cette vallée, elle s’est répandue jusqu’à Poya au sein des deux petits groupes parlant le arhö et le arhâ. De la même manière, l’ajië s’étend vers la région de Bourail et vers le fond de la vallée de Kouaoua, supplantant une forme de la langue tîrî parlée dans cette vallée.

4. Nombre de locuteurs : environ 5 500 dont 1 390 à l’extérieur de la zone traditionnelle d’implantation. Autres estimations : Leenhardt (LDAM, 1946) 4 000 ; Rivierre (1982) 3 000 ; Recensement ITSEE de 1996 (>14 ans) 4 044 ; Aramiou S. et al. (2001) 4 460.

5. Publications littéraires ou religieuses, écriture.  Il existe bien peu de travaux des missionnaires catholiques (un catéchisme publié en 1905 et des cantiques), face à l’important corpus en langue ajië produit par les protestants et particulièrement par le missionnaire-ethnologue M. Leenhardt.

Evangiles - La première publication des protestants est un "Evangile selon Saint-Mathieu" dû surtout au pasteur indigène Mathaia (Joane, selon Leenhardt, 1946), édité par la Société des Missions Evangéliques en 1903 et suivi en 1910 de l’Evangile selon Saint-Jean. En 1922 paraît à Paris Le Nouveau Testament traduit par M. Leenhardt, avec le concours de J. Nigote, B. Eurijisi et T. Monéo.

Cantiques - Un recueil de cantiques est publié en 1916 par la Société des Missions Evangéliques de Paris. Une version augmentée de ce recueil paraît à Paris en 1929. Un livre de cantiques (Pèci rhe mêrê a’xè a’jië) a été publié à date récente par la Mission protestante de Nouvelle-Calédonie ainsi qu’un "recueil de chants tapéras" de 314 pages en 1989.

Prières - Quelques prières en ajië figurent dans le "Livre de prières du Tirailleur du Pacifique", Nouméa, 1916.

Histoire sainte - En 1930 paraît à Maré une "Histoire du Peuple d’Israël" due au Rév. E. Vincent, rééditée (revue ?) en 1952 par la Mission Protestante de Nouvelle-Calédonie.  Un manuscrit de la traduction des Psaumes dû à M. Leenhardt aurait été déposé à la Société des Missions (cf. Leenhardt, 1946) ; le livre de Psaumes paru à Wellington en 1968 en est vraisemblablement issu. Enfin M. Leenhardt est le fondateur du périodique de la Mission protestante Virherhi qui paraît à Houailou de 1916 à 1931. Ce périodique contient des textes en ajië mais aussi des textes en diverses langues de l’archipel.

Textes littéraires  : quatre poésies en ajië dans Aux vents des îles (Walepane 1993).

L’écriture fixée d’abord par le pasteur Mathaia (La Fontinelle, 1976) a été modifiée ensuite par Maurice Leenhardt et codifiée dans le petit abécédaire Vana peci (24 p.) édité en 1919 par la Société des Missions. Elle est notoirement complexe, peu satisfaisante mais elle a été utilisée par les cadres de l’Eglise protestante et semble avoir été en usage, avec beaucoup d’approximations, dans la communauté de langue ajië. Plus récemment une écriture tenant compte des distinctions phonologiques de l’ajië a été proposée par J. de La Fontinelle dans l’ouvrage collectif Les langues mélanésiennes de Nouvelle-Calédonie (Haudricourt et al., 1979).Voir aussi : LERCARI Claude, 1983, Contribution à l’élaboration et au choix d’un système de représentation alphabétique d’une langue mélanésienne : la langue de Houaïlou, Paris, INALCO (Paris III), 2 vol., 164 +308 p. ARAMIOU S. et J. EURITEIN, 1986, kè yu mêrê a’jië : Langue A’jië - Propositions d’écriture, Nouméa, Fédération de l’Enseignement libre protestant (FELP) (Coll. Bwêwêyê, n°1), 75 p.

6. Analyses et documents linguistiques

Lexicologie

Le premier vocabulaire publié semble être celui de Sidney Ray, à partir de documents collectés par les protestants : RAY S.H., 1897, Vocabulaire Wailu, Revue de linguistique et de philologie comparée, tome XXX, pp. 142-146. Le dictionnaire de référence est resté pendant longtemps l’imposant travail de M. Leenhardt : LEENHARDT M., 1935, Vocabulaire et grammaire de la langue houaïlou, Paris, Institut d’Ethnologie (Travaux et Mémoires, X), 414 p.

Publications récentes :

ARAMIOU S. et EURITEIN J., 1995, Ajië (New Caledonia), Wordlist, in D.T. Tryon ed., Comparative Austronesian Dictionary (in four parts), Berlin-New York, Mouton de Gruyter.

ARAMIOU S., EURITEIN J. et KAVIVIORO G. 2001, Dictionnaire A’jië-français, Fédération de l’Enseignement libre protestant (FELP) (Coll. Bwêwêyê, 1), 489 p. [important dictionnaire de plus de 7000 termes]. En préparation : Dictionnaire de la langue ajië (compilé par C. Lercari).

Quelques travaux contiennent du vocabulaire ajië sur des thèmes particuliers, par exemple dans :

GUILLAUMIN André, 1941, Contribution à la flore de la Nouvelle-Calédonie. 73 et 74. Plantes récoltées par M. et Mme Leenhardt en 1938-39, Bulletin du Museum 13/2, Paris, pp. 126-129.

LA FONTINELLE-KASARHEROU J. de, 1964, Le tissage des nattes à Wailou (Nouvelle-Calédonie) - Technique et vocabulaire, Te Reo 7, Auckland, pp. 44-50.

LA FONTINELLE, J de, 1971. "Parenté et comportement à Houaïlou", Journal de la Société des Océanistes, tome XXVII, n°32, pp. 265-284. Syntaxe

LA FONTINELLE, J de, 1976, La langue de Houaïlou (Nouvelle-Calédonie). Description phonologique et description syntaxique, Paris, SELAF (Tradition Orale, 17), 383 p.

LICHTENBERCK F., 1978, A sketch of Houaïlou Grammar, Working Papers in Linguistics 10/1, Honolulu (University of Hawaii), pp. 73-116.  Littérature orale et documents

LEENHARDT Maurice, 1932, Documents néo-calédoniens, Paris, Institut d’Ethnologie (Travaux et Mémoires, IX), 514 p.

ARAMIOU S. et EURITEIN J., 1987, Vi rhenô xè névâ rö A’jië - Légendes de la région A’jië, Nouméa, Fédération de l’enseignement libre protestant (FELP) (Bwêwêyê, 2), 138 p.

ARAMIOU S. et EURITEIN J., 1990, Go vârâ mêrê a’jië (version vernaculaire), Nouméa, Fédération de l’enseignement libre protestant (FELP) (Bwêwêyê, 5), 178 p.

CTRDP (éd.), 1984, Gë mwââ wiâ cé taaci goo - A ton tour de raconter, Nouméa, CTRDP - Bureau des langues vernaculaires (Langues Canaques, 7), 92 p. [textes en langues paicî, ajië, drehu, nengone, iaai].

Un certain nombre de textes sont disséminés dans des publications ethnologiques ou linguistiques, tels que :

LA FONTINELLE-KASARHEROU J. de, 1961, Prosodèmes de la langue mélanésienne de Houaïlou, Bulletin de la Société de Linguistique de Paris 56/1, pp. 181-201. [contient un conte en langue ajië].

PILLON P.,1992, Listes déclamatoires et principes d’organisation sociale dans la vallée de Kouaoua (Nouvelle-Calédonie). Journal de la Société des Océanistes, 94, pp. 82-101 [contient quatre "vivaa"].

On trouve aussi des textes ajië dans diverses publications de J. Guiart (cités par J. Ogier, mémoire de DEA : "Le vivaa", p. 87) :

GUIART, J., 1972, Généalogies équivoques à Houaïlou (Nouvelle-Calédonie), in Bernot Lucien et Thomas J. M. C. éds, en hommage à A.-G. Haudricourt, Langues et Techniques. Nature et Société, Paris, Klincksieck, 2 vol., 400 + 416 p.  , 1994 - Fonction du mythe et réalité empirique en Océanie, in Vielle C., Swiggers P. et Jucquois G. éds, Comparatisme, mythologies, langages : En hommage à C. Lévi-Strauss, Louvain-La-Neuve, Peeters, Bibliothèque des Cahiers de l’Institut de Linguistique de Louvain 73, pp. 73-142 [un discours et une "prière"].

 , 1998 - La terre qui s’enfuit : Les pays canaques anciens, de La Foa à Moindou, Bourail et Kouaoua. Nouméa, Le Rocher-à-la-Voile pp. 117-133 [un "vivaa"].

 , 1998 - Bwesou Eurijisi : Le premier écrivain canaque, Nouméa, Le Rocher-à-la-Voile pp. 94-119 [quatre "vivaa"].

Cahiers manuscrits :

DEBAOUE G. (discours dont l’étude est en cours par L. Ponga et J. Ogier).

EURIJISI B. "24 cahiers en partie traduits et publiés par M. Leenhardt et par J. Guiart.

[Voir aussi une liste de textes manuscrits disponibles, à la fin de l’ouvrage de J. Guiart (1998)].

Document pédagogiques : Voir ci-dessus en 5 pour les propositions d’écriture et aussi : LERCARI Claude, (ronéoté), Manuel d’A’jië.

7. Enseignement. L’ajië est l’une des quatre langues optionnelles au baccalauréat. Il est régulièrement enseigné dans le second degré : à Houailou, au collège public de Wani et dans les collèges privés de Do néva, de Baganda (ASEE), de Nédivin et de Tieta (FELP) ; à Nouméa, au lycée privé Do kamo (ASEE). Il est enseigné depuis 1999 à l’université de Nouvelle-Calédonie, dans le cadre du Deug « Langues et Cultures Régionales ». Une licence est ouverte depuis 2001.

Type de langue: 
Nouvelle-Calédonie