Breton

Le breton (qui se dit « brezoneg » ou « brezhoneg » dans la langue elle-même) est l’une des quatre langues celtiques qui subsistent aujourd’hui dans le nord-ouest de l’Europe. Il est d’usage de les classer en deux groupes. Avec le gallois, le breton fait partie du groupe brittonique, le groupe goïdélique étant représenté par les gaéliques d’Irlande et d’Ecosse.

Les origines du breton sont complexes. Ce n’est qu’à partir du Ve siècle avant J.C. que les Celtes s’établissent en Armorique. La victoire de Jules César sur les Vénètes en 56 avant J.C. est le point de départ d’une romanisation qui va se prolonger pendant quatre ou cinq siècles. Le gaulois a-t-il pour autant disparu ? Cette question a longtemps divisé les chercheurs, mais à la suite des travaux de F. Falc’hun et de L. Fleuriot, il est aujourd’hui admis que certains parlent une forme de bas-latin, et d’autres le gaulois.

Ce sont les immigrations en provenance de l’île de Bretagne (la Grande-Bretagne actuelle) qui vont en quelque sorte « receltiser » l’Armorique, entre le Ve et le VIIe siècle. Les nouveaux arrivants parlent le brittonique, qui appartient à la même famille linguistique que le gaulois : les deux parlers fusionnent dans des proportions variables selon les régions. Mais la partie orientale de la région est déjà romanisée en profondeur, sous l’influence des agglomérations de Rennes et de Nantes.

La Bretagne est séparée en deux par une frontière linguistique - qu’au XIXe siècle on appelait « la ligne de démarcation » ou encore « la muraille chinoise de l’idiome breton ». C’est en Basse-Bretagne, à l’ouest, qu’on parle le breton, tandis qu’en Haute-Bretagne on parle le gallo et le français. La limite entre les deux zones n’a pas cessé de reculer lentement vers l’ouest. Le tracé établi par P. Sébillot en 1886 va de Plouha (sur la côte nord) à l’embouchure de la Vilaine, via Mûr-de-Bretagne. La frontière linguistique est aujourd’hui diffuse, mais toujours ressentie comme telle.

Histoire de la langue

L’histoire de la langue se subdivise en quatre périodes. Le vieux-breton va des origines à la fin du XIe siècle. Il est surtout connu par des gloses figurant dans les manuscrits latins de l’époque. Le plus ancien document en vieux-breton consiste en fragments d’un traité de médecine du VIIIe siècle. La période du moyen-breton s’étend du XIIe au début du XVIIe siècle. Le plus ancien dictionnaire breton est le Catholicon breton-latin-français (1464) : c’est aussi du même coup le plus ancien dictionnaire français. La parution de la grammaire du Père Maunoir en 1659 marque la naissance du breton pré-moderne. Le breton moderne enfin date de la Grammaire de Le Gonidec en 1807 : il est caractérisé par l’adoption progressive de son orthographe et de son vocabulaire.

Littérature

Toute celle de l’époque du vieux-breton est perdue. Les premiers textes de quelque importance - en moyen breton - sont des pièces de théâtre, à caractère religieux. La période du XVIe au XVIIIe siècle se signale aussi par la prépondérance de la littérature religieuse. Dans le domaine littéraire, le XIXe siècle est celui des mutations et des transformations. La parution, en 1839, du "Barzaz Breiz" (= Anthologie poétique de Bretagne) est un événement littéraire majeur. Mais l’auteur, T. Hersart de la Villemarqué, avait "corrigé" le texte des chants qu’il avait recueillis dans la tradition populaire. Une trentaine d’années plus tard, le livre suscite une fameuse querelle, ses adversaires doutant de l’authenticité des chants du "Barzaz Breiz". François-Marie Luzel se démarque alors de son prédécesseur : s’appuyant sur de nouvelles méthodes scientifiques, il assure le plus grand collectage de littérature populaire qui ait jamais eu lieu en Bretagne (500 chants, 400 contes, une centaine de pièces de théâtre). La collecte de chants et de contes de la tradition orale s’est poursuivie jusqu’à nos jours.

En 1925 paraît la revue "Gwalarn" (= Nord-Ouest), à l’initiative de Roparz Hemon. C’est le premier véritable mouvement littéraire de langue bretonne, dont l’influence se fait toujours sentir aujourd’hui. De très nombreux auteurs apportent leur concours à cette "renaissance" (Jakez Riou, Youenn Drezen). Depuis la dernière guerre, l’expression littéraire de langue bretonne se polarise autour de deux tendances principales, regroupées chacune autour de revues et de maisons d’éditions. Autour de la revue "Al Liamm" (= Le Lien), gravitent des auteurs qui se situent dans la filiation de "Gwalarn", les principaux auteurs de cette école, dans la seconde moitié du XXe siècle, étant Roparz Hemon lui-même (décédé en 1979), Ronan Huon, Per Denez. L’autre tendance se rassemble autour de "Brud Nevez" (= La nouvelle renommée), dont l’écrivain le plus connu est assurément Pierre-Jakez Hélias (décédé en 1995) : il a non seulement publié "Le Cheval d’orgueil" avec le succès que l’on sait, mais aussi de nombreux recueils de poésie, toujours en version bilingue.

Histoire des usages

Les travaux de sociolinguistique historique fournissent un tableau précis des usages de langues en Basse-Bretagne dans le passé. Il apparaît ainsi que lors de l’enquête Coquebert de Monbret en 1806, sont considérés comme bretonnants tous ceux qui résident à l’ouest de la frontière linguistique. L’usage du breton est général : en 1831, 80% des habitants du Sud-Finistère sont des monolingues bretonnants, moins d’une personne sur cinq pouvant parler, lire ou écrire le français.

En 1864, un inspecteur de l’Instruction Primaire écrit que dans les villes "un dixième de la population adulte ne sait que le français et une moitié sait le français et le breton. Le reste ne sait que le breton". Les communes rurales, quant à elles, "parlent exclusivement le breton. C’est à peine si l’on y trouve parmi les adultes 1/25 sachant assez bien le français pour le parler avec quelque facilité".

En 1902, le Président du Conseil, Emile Combes, veut réprimer le clergé pour "usage abusif du breton" pour la prédication et le catéchisme. La moitié de la population est monolingue bretonnante. D’après le Sous-Préfet de Brest, dans la plupart des communes, la population adulte "comprend un peu le français et montre une préférence marquée pour le breton".

Les années décisives se situent après la dernière guerre. Dans les communes rurales, le breton est toujours d’usage courant. L’usage du français au quotidien ne concerne que les instituteurs, les membres du clergé, le médecin, quelques commerçants. Encore ces derniers savent-ils aussi le breton. Mais c’est à ce moment que les parents font massivement le choix d’élever leurs enfants, non plus en breton comme ils l’avaient été eux-mêmes, mais en français. En 1946, à Saint-Méen, tous les enfants scolarisés avaient le breton comme langue maternelle : six ans plus tard, ce n’est plus le cas que d’un sur dix.

D’un point de vue sociolinguistique, le bilinguisme s’est donc inversé en Basse-Bretagne au cours du XXe siècle : jusqu’en 1914, le breton était majoritaire ; aujourd’hui c’est le français qui l’est. Vers 1950, le total de ceux qui pouvaient s’exprimer en breton était toujours de 1 100 000 personnes. Rien que depuis la dernière guerre, le breton a perdu 80% de ses locuteurs.

La langue aujourd’hui

Selon le sondage F. Broudic / TMO-Régions, réalisé en Basse-Bretagne auprès d’un échantillon de 2500 personnes âgées de 15 ans et plus, 31% des personnes interrogées déclarent en 1997 qu’elles comprennent le breton et 20% affirment qu’elles sont capables de le parler très bien ou assez bien. Ces pourcentages correspondent à 240 000 locuteurs et à 370 000 personnes comprenant la langue régionale.

Mais les jeunes ne savent pratiquement plus le breton : aujourd’hui, 2 bretonnants sur 3 se situent dans la catégorie des plus de 60 ans et sont désormais des retraités. Au-dessous de 40 ans, on dénombre actuellement moins de 15 000 personnes pouvant s’exprimer en breton. La transmission n’est plus assurée dans le cadre familial.

Par ailleurs, ceux qui savent le breton ne le parlent pas régulièrement. Près de 80% des bretonnants reconnaissent qu’ils s’expriment en leur langue moins souvent qu’en français : 12% seulement affirment qu’ils le font plus souvent. La moitié seulement des bretonnants (120 000 personnes environ) soit des locuteurs "réguliers". On parle plus le breton avec ses amis ou avec ses voisins qu’on ne le fait en famille. On le parle plus couramment dans les communes rurales qu’on ne le fait en ville. On le parle peu au travail. Mais il existe aujourd’hui un réseau associatif assez dense, proposant des activités diverses aux bretonnants motivés. Par ailleurs, près de 90% des Bas-Bretons sont aujourd’hui d’accord pour conserver la langue régionale.

Expression

Dans le domaine de l’édition, il se publie actuellement une cinquantaine de livres par an, ce qui représente une nouveauté ou une réédition par semaine. Les tirages varient de 300 à 1 500 exemplaires, parfois plus. Il existe par ailleurs une dizaine de périodiques en breton (tirages à moins de 1 000 exemplaires), mais aucun quotidien ni hebdomadaire. Le journal "Le Télégramme" propose cependant sur Internet une synthèse quotidienne de l’actualité en breton.

Dans le domaine de l’audio-visuel, le service public diffuse environ 15 heures par semaine à la radio (sur France Bleu Breizh Izel) et 1 heure 30 par semaine à la télévision (sur France 3). La première radio associative émettant uniquement en breton (près de 40 heures par semaine) a été lancée en 1998. La première chaîne de télévision régionale privée, TV Breiz, émet depuis le 1er septrembre 2000 sur les bouquets numériques et sur le cable ; la majeure partie de ses programmes est en français, mais elle diffuse en breton des dessins animés pour la jeunesse et quelques émissions ponctuelles.

La vie culturelle est marquée par l’activité soutenue de quelques troupes de théâtre, mais surtout par une véritable explosion de la chanson bretonne : des noms comme Alan Stivell, Gilles Servat et bien d’autres sont connus bien au-delà de la Bretagne comme les représentants de la nouvelle chanson et de la musique bretonnes. Les chanteurs traditionnels tout comme les groupes musicaux font par ailleurs le succès des fest-noz.

L’enseignement

L’enseignement du breton ou en breton n’est pas aussi développé qu’il le devrait. Autorisé de manière facultative par la loi Deixonne de 1951, puis par les mesures qui ont suivi dans les années 1980, il concerne actuellement 25 000 élèves environ. Mais ce qui a marqué les esprits, c’est le développement de plusieurs filières bilingues, à la suite de la création de la première école "Diwan" en 1977. Les classes bilingues de l’enseignement public et du privé (système d’enseignement du breton à parité avec le français) et celles de « Diwan » (enseignement par immersion) regroupent aujourd’hui plus de 7 000 élèves, avec une progression de 15% par an. Malgré les recours à répétition exercés par certains défenseurs de l’école laïque contre les décrets signés par Jack Lang en avril 2002, les écoles Diwan comptent bien intégrer l’éducation nationale à la rentrée de septembre. Mais l’on ne forme pas suffisamment d’instituteurs pour faire face à l’augmentation des effectifs, et les ouvertures de classes sont parfois difficiles.

Dans le supérieur, des sections de celtique existent tant à Brest qu’à Rennes et Lorient, proposant des formations de niveau DEUG, licence, doctorat. Un CAPES à double spécialité permet de recruter et de former quelques enseignants par an. A l’Université de Bretagne Occidentale, il existe un Centre de Recherche Bretonne et Celtique dynamique, et à Rennes un laboratoire "Bretagne et Pays Celtiques". On estime à environ 10 000 personnes le nombre de ceux qui apprennent actuellement le breton comme langue seconde dans le cadre de cours du soir ou de formations diverses.

D’après Fañch BROUDIC (CRCB, Université de Rennes)

Type de langue: 
Langues régionales hexagonales