Cèmuhî

Langue parlée dans l’aire coutumière PAICÎ-CAMUKI

Nom de la langue

Cèmuhî, le nom se prononce « tyèmouhî », ou « tyamoukî », à la manière des voisins de langue paicî. Cette dernière désignation se généralise parce qu’elle est utilisée dans le nom même de l’aire coutumière « Paici-camuki ». Les Pères maristes installés à Wagap au dix-neuvième siècle parlaient du « tié », du « tyamuhi » ou de la « langue de Wagap ». Le terme « tié » était utilisé récemment encore pour désigner la variante du cèmuhî parlée au nord de la vallée de la Tiwaka.

Famille linguistique, indications d’ordre linguistique ou socio-linguistique

Langue de la moitié nord de la Grande Terre - Nouvelle-Calédonie - branche océanienne de la famille austronésienne.

Le cèmuhî a un système consonantique et vocalique relativement simple (pas de consonnes aspirées), mais c’est une langue tonale à trois registres. L’une des particularités de cette langue sur le plan morpho-syntaxique est de posséder six paradigmes de modalités personnelles. On distingue ainsi : waéo « c’est moi » ; éo éni « je suis ici » ; é pènèm « je travaille » ; muliè jo « je suis vivant » ; è ali-o « il me voit » ; nimu-ng « je veux, (désir-à moi) »

L’aire linguistique est assez homogène.

Principale zone de bilinguisme : au sud de la vallée de la Tiwaka, avec le paicî, et aussi dans le village de Netchaot (côte ouest) où locuteurs paicî et cèmuhî se cotoient. C’est entre le cèmuhî et le paicî que passe la frontière entre langues à consonnes finales de mot (langues du nord de la Grande Terre) et langues sans consonnes finales (langues du sud). Dans les zones de bilinguisme, les consonnes finales du cèmuhî tendent à s’estomper.

Aire géographique

Le cèmuhî est parlé sur le versant nord-est de la Grande Terre, région de Touho, dans une zone délimitée au nord par la vallée de la Tipijé et au sud par la vallée de l’Amoa (Poindimié). Quelques villages sont situés dans l’intérieur : Pombei, Bopope, et aussi Netchaot situé dans l’arrière-pays de Koné sur le versant ouest de la Grande Terre.

Nombre de locuteurs

3 300 dont 807 à l’extérieur de la zone traditionnelle d’implantation (parmi ces derniers 277 (>14 ans) résident dans la Province Sud).

Autres estimations : Leenhardt (1946) 1 200 ; Rivierre (1982) 2 100 ; Recensement ITSEE de 1996 (>14 ans) 2 051

Publications littéraires ou religieuses, écriture

Le cèmuhî a été étudié et utilisé par les Pères maristes au siècle dernier (à partir de 1853). Quelques publications vers la fin du 19ème siècle : des textes religieux, un abrégé de grammaire et un petit dictionnaire. Il n’existe pas de tradition d’écriture, bien que la langue ait été assez correctement transcrite par les Maristes. Hormis le fait qu’il s’agit d’une langue tonale, celle-ci ne présente pas de difficultés majeures (pas de système consonantique complexe comme dans le nord, pas de système vocalique complexe comme dans le sud). Les locuteurs n’ont donc jamais éprouvé de grosses difficultés pour écrire leur langue, que ce soit pour rédiger des lettres, transcrire des chants ou des récits traditionnels.

Analyses et documents linguistiques

La langue a été étudiée de manière approfondie par J.-C. Rivierre (CNRS), lors de plusieurs missions échelonnées entre 1965 et 1975. De très nombreux textes de tradition orale ont été collectés jusque dans les années 1980 par cet auteur et par A. Bensa. Des monographies substantielles ont été publiées dans le domaine de la grammaire, de la lexicologie et de la tradition orale.

Type de langue: 
Nouvelle-Calédonie