Drehu

1. Nom de la langue : (qene) drehu, langue de Lifou (parfois orthographiée dehu).

2. Famille linguistique, indications d’ordre linguistique ou sociolinguistique. Le qene drehu est l’une des quatre langues kanak des îles Loyauté et fait partie de la branche océanienne de la famille austronésienne. A côté du qene drehu, langue usuelle de l’île de Lifou, il existe une langue dite « noble », le qene miny, utilisée pour parler aux chefs et dans les discours cérémoniels.

3. Aire géographique. Le drehu est parlé principalement dans l’île de Lifou, située entre l’île d’Ouvéa (langues iaai et fagauvea) au nord et Maré (langue nengone) au sud. Il est aussi parlé dans la petite île de Tiga, aux côtés du nengone. L’île de Lifou comporte trois grandes chefferies, Wetr, Gaica et Mu mais les différences dialectales entre chaque district coutumier sont minimes.

4. Nombre de locuteurs. Le drehu est la langue kanak qui possède le plus grand nombre de locuteurs (au moins 12 000) et c’est aussi l’une des plus décrites. En dehors de l’implantation traditionnelle (îles Lifou et Tiga), le drehu est parlé par les nombreux Lifous qui se sont installés sur la Grande Terre, principalement dans la région de Nouméa ; enfin, un nombre non négligeable de Kanak ont appris le drehu comme langue seconde, pour des raisons familiales ou religieuses.

5. Publications littéraires ou religieuses, écriture. Langue d’évangélisation, le drehu a été très tôt utilisé par les missionnaires protestants pour l’alphabétisation des enfants et des adultes à l’école du dimanche. La plupart des gens de Lifou savent ainsi écrire et lire leur langue. L’écriture fixée par les premiers missionnaires de la London Missionary Society (aidés par le linguiste allemand F. M. Müller) a été légèrement modifiée récemment par Léonard Drilë Sam, originaire de Lifou et chargé au Vice-Rectorat de l’enseignement des langues vernaculaires. Les révérends Creagh et Jones ont traduit la Bible (imprimée en 1890 à la Société biblique de Londres) ainsi que le Nouveau Testament (publié en 1873), le révérend MacFarlane a traduit et fait imprimer l’Evangile de Saint-Mathieu (1863). De leur côté, les missionnaires catholiques ont mis au point un système de transcription légèrement différent, utilisé par le Père Rougeyron pour la traduction du catéchisme (1969) ; de nouvelles traductions du catéchisme ont été publiées à Paris en 1932 et en Nouvelle-Calédonie en 1935. C’est cependant le système de transcription des Protestants qui est à la base de l’écriture actuelle. Les documents en langue drehu élaborés par les missionnaires sont pour la plupart listés dans la bibliographie du dictionnaire de M.-H. Lenormand (1999).

6. Analyses et documents linguistiques. Plusieurs dictionnaires ont été publiés : drehu-français (1999) et miny-drehu-français (1990) par M.-H. LENORMAND, drehu-anglais et anglais-drehu par D.T. TRYON (1967, 1968), drehu-français et français-drehu par L. D. SAM (1995). Le dictionnaire de M.-H. Lenormand est précédé d’une introduction grammaticale. C. MOYSE-FAURIE a publié une étude morpho-syntaxique Le drehu, langue de Lifou (1983). LENORMAND a publié en outre plusieurs articles d’anthropologie, de phonologie et d’ethnolinguistique, en particulier sur la flore et la faune de Lifou. Concernant la tradition orale, le CTRDP de Nouméa a édité plusieurs recueils de contes et légendes de Lifou (Ifejicatre), et des récits sont dispersés dans divers ouvrages, comme ceux de J. GUIART, I. WENIKO, M.-H. LENORMAND, L. MANGEMATIN, etc.

Références :

Des bibliographies conséquentes figurent dans LENORMAND (1999) et dans le n°5 de la revue Mwà Véé de juin 1994 (bibliographie de l’aire Drehu, pp. 10-11).

L’ouvrage collectif 101 mots pour comprendre Lifou/Drehu, publié sous la direction de Luc LEGEARD (2000, Nouméa, éd. Ile de lumière) comporte deux articles sur la langue drehu : "L’anglais dans la langue drehu" (D. FOREST) et "Langue" (L. SAM). On trouve dans les Annexes une bibliographie sélective ainsi que des "Chants de lépreux" en drehu.

Documents linguistiques :

COLOMB A., 1880. Notes grammaticales sur la langue de Lifou (Loyalties), d’après les manuscrits du Père François Palazzi, missionnaire mariste, Revue de linguistique et de philologie comparée, vol. xv, Paris, Maisonneuve, pp. 300-320 et 372-421.

HAOCAS W., 1976. Itre xeni ka cia xan me itre xeni hna traane ngöne la hnapeti Drehu, Inventaire sommaire en langue Lifou des plantes comestibles indigènes et des plantes alimentaires introduites, Paris, Publications orientales de France, 97 p.

LEENHARDT M., 1946. Langues et dialectes de l’Austro-Mélanésie, Paris, Institut d’Ethnologie [drehu pp. 206-233].

LENORMAND M.-H., 1952. The phonemes of Lifu, Loyalty islands : the shaping of a pattern, Word, vol. 8 n°3, pp. 252-253.

–, 1953. Notice sur la graphie du Lifou et l’histoire des alphabets loyaltiens, Études mélanésiennes n°7, pp. 15-18.

– La phonologie du mot en Lifou, îles Loyalty, Journal de la Société des Océanistes vol. 10, pp. 91-110.

–, 1976. Morphologie structurelle et fonctionnelle du système pronominal du Lifou, Études mélanésiennes n°26.

–, 1991. Le Miny, langue des chefs de l’île de Lifou. Lexique Miny-Drehu-Français/Drehu-Miny-Français, Nouméa, sem/edipop.

–, 1999. Dictionnaire de la langue Lifou, Nouméa, Le Rocher-à-la-Voile, 534 p.

LERCARI C., L. D. Sam, J. Vernaudon et M. Gowé, 2001. Langue de Lifou. Qene drehu. Méthode d’initiation, Nouméa, CDP/Laboratoire Transcultures, Université de la Nouvelle-Calédonie, [2 tomes + cassettes].

MILIE I., 1994. Aspect in Drehu : A study of grammatical aspect and semantic verb categories. A thesis submitted as a partial requirement for the degree of Bachelor of Arts, Canberra, Australian National University, 81 p.

MOYSE-FAURIE C., 1983. Le drehu, langue de Lifou (îles Loyauté), Paris, SELAF, Langues et cultures du Pacifique n°3, 212 p.

– 1985. Incorporation morphologique et incorporation syntaxique en drehu, Paris, Actances n°1, pp. 123-133.

RAY S. H., 1926. A Comparative Study of the Melanesian Island Languages, Cambridge, The University Press [drehu pp. 111-136].

SAM L. D., 1995. Dictionnaire drehu-français (suivi d’un lexique français-drehu), Nouméa, CTRDP, 238p.

–, 2007. Marques aspecto-temporelles et modales et structures d’actance du drehu, langue de Lifou (Nouvelle-Calédonie), Thèse de Doctorat soutenue à Nouméa le 4 décembre 2007.

TRYON D.T., 1967a. Dehu-English Dictionary, Pacific Linguistics Series C, n°6, 137 p.

–, 1967b. English-Dehu Dictionary, Pacific Linguistics Series C, n°7, 162 p.

–, 1968. Dehu Grammar, Pacific Linguistics Series B, n°7, 111 p. UNE E. et UJICAS R. 1984. Langue drehu. Propositions d’écriture, Nouméa, Bureau des Langues vernaculaires/CTRDP, 105 p.

Littérature orale :

Bureau des langues vernaculaires, 1984. Gë mwââ wiâ cè taaci goo, A ton tour de raconter, Nouméa, CTRDP, coll. Langues canaques n°7 [textes drehu pp. 43-54].

Grain de sable (éd.), 1997. On fait le peuple d’ici. Kola xupe la nöje ne la hnedrai celë, Recueil de poésie des jeunes du pays Drehu (Lifou), Nouméa.

KACOCO, S., 1994. Ifejicatre, Recueil 3 (traditions orales bilingues drehu-français), Nouméa, coll. Langues canaques n°15, CTRDP et CPRDP Iles. RIVIERRE J.-C., OZANNE-RIVIERRE F. et MOYSE-FAURIE C., 1980. Mythes et contes de la Grande Terre et des îles Loyauté (Nouvelle-Calédonie), Paris, SELAF, LACITO-Documents.

UNE E. et WAHETRA, 1987. Ifejicatre, Contes et légendes de Lifou, Recueil 2, Nouméa, CTRDP, coll. Langues Canaques n°12. SAM L. D., 1999. Contes et légendes océaniens (textes bilingues drehu-français), Nouméa, CDP, 89p.

SAM L. D. et C. Lercari, 1984. Ifejicatre, Recueil 1 (textes bilingues drehu-français), Nouméa, CTRDP, coll. Langues canaques n°3.

Autres documents :

Deux brochures d’information en drehu ont été écrites par Denise KACATR, éditées par le Comité de coordination des associations de femmes de Lifou : Itre ithuemacany koi itre föe me jajiny matre troa atreine iën la ijine hetreny la itre nekönatr [Informations pour les jeunes femmes et les jeunes filles pour la planification des naissances] et Itre ewekë nyine troa neëne matre thaa tro kö la itre nekönatre ka co a eatr (Comment prévenir les accidents domestiques dont sont victimes les enfants).

7. Enseignement. Le drehu est l’une des quatre langues kanak que l’on peut choisir en option au baccalauréat. Il est enseigné à Lifou dans les collèges privés (Havila, Hnaizianu et Hnathalo), dans les collèges publics (Wé) et au lycée polyvalent des îles ; à Nouméa, dans plusieurs collèges et lycées (Do Kamo, Mariotti, La Pérouse et Jules Garnier) et au Mont-Dore (lycée Saint-Pierre Chanel). Il est enseigné à l’université de Nouvelle-Calédonie dans le cadre de l’UFR « Langues et cultures régionales ». Le drehu est également enseigné à Paris à l’INALCO. Un manuel destiné à l’enseignement du drehu a été publié en 2001 (cf. Lercari et al).

8. Médias. La présence du drehu dans les médias est très occasionnelle. Un cédérom de textes en langue drehu (1 heure) a été élaboré pour le Centre Culturel Tjibaou par L.D. Sam en 2000 et il existe plusieurs cassettes audios ainsi que quelques vidéos de contes et légendes.

Type de langue: 
Nouvelle-Calédonie