Futunien

Nom de la langue

futunien, fakafutuna, East Futunan (EFU).

Famille linguistique, indications d’ordre linguistique ou socio-linguistique

Le futunien appartient à la famille des langues polynésiennes, plus précisément au sous-groupe du polynésien nucléaire, branche occidentale. La phonologie est simple (11 consonnes, 5 voyelles qui peuvent être longues ou brèves) ; il y a peu de variations morphologiques. La syntaxe, par contre, est assez complexe : la structure de l’énoncé verbal est mixte, ergative avec certains verbes, accusative avec d’autres. Du point de vue lexical, on constate quelques emprunts à l’anglais, au français et au latin, qui se sont moulés dans la structure syllabique (CVCV) et dans le système phonologique du futunien.

Aire géographique

Le futunien est parlé par la quasi-totalité des habitants de l’île de Futuna (Territoire d’Outre-Mer de Wallis et Futuna). Une partie importante de la population futunienne a migré en Nouvelle-Calédonie, où séjournent à l’heure actuelle plus de Futuniens qu’à Futuna même. Les Futuniens de Nouvelle-Calédonie se sont installés surtout dans la région de Nouméa et de Thio.

Nombre de locuteurs

A Futuna : 4 500 (recensement de 2008) ; en Nouvelle-Calédonie : environ 5 000 (recensement de 1996).

Publications littéraires ou religieuses, écriture

Traditions d’écriture

L’un des premiers missionnaires, le Père Isidore Grézel, avait mis au point un système de transcription qui prenait en compte l’opposition de longueur vocalique (par un tiret suscrit) et la notation de la consonne glottale (par un accent aigu sur la voyelle suivante). Il est l’auteur du premier dictionnaire futunien-français (cf. ci-dessous). Les missionnaires qui ont succédé au Père Grézel ont été moins rigoureux, et ses notations de la longueur vocalique et de la consonne glottale n’ont pas été suivies.

Actuellement, les personnes âgées n’ont donc pas l’habitude de les noter. Par contre, depuis l’introduction de l’enseignement du futunien dans les deux collèges, les jeunes apprennent une orthographe phonologiquement cohérente, en utilisant, comme le préconisait le Père Grézel, le tiret suscrit pour la longueur vocalique, et l’apostrophe pour la consonne glottale. Cette transcription est celle adoptée dans le dictionnaire et la grammaire de C. Moyse-Faurie, et dans le recueil de textes de tradition orale (Frimigacci & al.).

Productions religieuses

La traduction en futunien de la Bible (Ancien Testament) vient d’être achevée. Divers livres de prières, histoires saintes, catéchismes ont été imprimés au siècle dernier ; la plupart sont introuvables actuellement, mais sont listés dans O’Reilly P., S.M., 1964, Bibliographie méthodique, analytique et critique des Iles Wallis et Futuna, Publication de la Société des Océanistes n°13, Paris, 68p.

Analyses linguistiques et documents linguistiques

Dictionnaires et grammaire

Un dictionnaire de qualité a été publié en 1878 (Grézel I., Dictionnaire futunien-français avec notes grammaticales, Paris, Maisonneuve et Cie, 301p.) ; ce dictionnaire a été réédité en 1986 par K. H. Rensch (Tikisionalio Fakafutuna-Fakafalani, Dictionnaire futunien-français, Canberra, Pacific Linguistics Series C n°90, 327p.).

Deux monographies linguistiques ont été élaborées récemment par C. Moyse-Faurie : un dictionnaire comtemporain (1993, Dictionnaire futunien-français avec index français-futunien, Paris, Peeters, coll. Langues et Cultures du Pacifique 8, 521p.) et une grammaire (1997, Grammaire du futunien, Nouméa, Centre de Documentation Pédagogique, coll. Université, 240p.).

Littérature orale et ethnohistoire

L’ethnologue américain E.G. Burrows a publié en 1936 une monographie sur Futuna (Ethnology of Futuna, Bulletin of the Bernice P. Bishop Museum, n°138, Honolulu, 239p.), comportant quelques extraits de traditions orales, ainsi qu’un recueil de chants (Songs of Uvea and Futuna, 1945, Bulletin of the Bernice P. Bishop Museum n° 138, Honolulu, Hawaii).

L’essentiel des textes de tradition orale a été publié dans deux ouvrages récents, l’un, bilingue (Frimigacci D., M. Keletaona, C. Moyse-Faurie, B. Vienne, 1995, Ko le fonu tu’a limulimua, La tortue au dos moussu. Textes de tradition orale de Futuna, Paris, Editions Peeters, coll. Langues et Cultures du Pacifique 11, 515p.), l’autre entièrement en futunien (Fanaga mo fakamatala mei le talatisio tuku gutu o Futuna (tosi sekolä), 1999, Service culturel et Association socio-culturelle de Futuna-Delroisse éditeur, 50 p.)

Par ailleurs, l’ouvrage de D. Frimigacci (1990, Aux temps de la terre noire), a été traduit en futunien en 1998 (Temi o le kele ’uli, Service culturel et Association socio-culturelle de Futuna-Delroisse éditeur, 171p.)

Enseignement

Collèges

Dans les deux collèges de Futuna, les élèves de toutes les classes, y compris celles du CETAD, suivent obligatoirement une heure de futunien par semaine. Cet enseignement est dispensé par Atonio Takasi, qui ne dispose comme support d’enseignement que des publications énumérées ci-dessus, et d’aucun matériel pédagogique, mis à part celui qu’il élabore lui-même au coup par coup. Par ailleurs, deux heures de catéchisme sont dispensées en futunien chaque semaine dans chaque classe…

Maternelles

Depuis la rentrée 1999, une expérience d’accueil et d’enseignement en futunien dans la plus petite section maternelle a lieu dans deux classes "expérimentales", l’une dans le royaume d’Alo, l’autre dans celui de Sigave, par deux institutrices volontaires. Cette expérience est une initiative de la Direction de l’Enseignement Catholique, qui contrôle tout l’enseignement maternel et élémentaire à Wallis et Futuna, mais elle se déroule en accord et avec l’aide de l’Education nationale, et en particulier du Conseiller pédagogique. Pour superviser la mise en place de cet enseignement, la DEC a détaché une institutrice à plein temps, chargée d’organiser l’enseignement dans les deux classes expérimentales et de suivre les acquis. A la rentrée 2000, cet enseignement s’est poursuivi dans la moyenne section maternelle, et s’est élargi à un plus grand nombre de petites sections.

Vie quotidienne et les médias

Tous les Futuniens parlent et utilisent quotidiennement leur langue. Ils n’utilisent le français que dans les contacts avec les personnes d’origine européenne, ou dans le cadre scolaire. Il n’existe pas de quotidien, mais un petit hebdomadaire commun à Wallis et à Futuna, majoritairement en français ; seule deux pages sont consacrées aux nouvelles de Futuna, avec quelques articles à la fois en français et en futunien.

Utilisation dans la vie publique et politique

Tous les conseils coutumiers se déroulent en futunien. Dans les services administratifs, les Futuniens s’adressent en futunien si l’employé est futunien, sinon en français. Pour les réunions officielles entre les chefs coutumiers et le délégué ou d’autres fonctionnaires, un interprète est présent. L’Assemblée territoriale siège à Wallis, avec interprètes, et compte rendus bi ou tri-lingues.

Emissions de radio ou de télévision

RFO-radio présente un quart d’heure d’informations quotidiennes en futunien. RFO-télévision présente 40 minutes d’information hebdomadaire (le "Talalogo"), …mais uniquement en wallisien.

Disques, cassettes, vidéos, cédéroms…

Il existe quelques cassettes audio et des compact disques de chansons modernes (mi- en français, mi- en futunien).

Claire MOYSE-FAURIE (CNRS, LACITO)

Type de langue: 
Wallis et Futuna