Iaai

Nom de la langue

iaai, hwen iaai, langue mélanésienne d’Ouvéa.

Famille linguistique, indications d’ordre linguistique ou sociolinguistique.

Le iaai, langue mélanésienne d’Ouvéa, appartient au groupe océanien de la famille austronésienne. Il forme avec les deux autres langues des îles Loyauté, le drehu et le nengone, un premier sous-groupe à l’intérieur du groupe des langues néo-calédoniennes.

Le système phonologique iaai est très riche puisqu’il comporte 37 consonnes et 10 voyelles qui peuvent être brèves ou longues. Cette langue se caractérise aussi par une morphologie verbale complexe liée à des questions de transitivité : le verbe reçoit différentes flexions selon le type de complément (pronom, nom propre, nom commun, nom commun incorporé).

L’ordre normal des mots dans la phrase est Verbe Objet Sujet (VOS). Dans le système des pronoms on distingue quatre nombres : singulier, duel, pluriel restreint (trace d’un ancien triel) et pluriel étendu. Au duel et au pluriel, on oppose un « nous » inclusif (incluant l’interlocuteur) et un « nous » exclusif (excluant l’interlocuteur).

Le iaai distingue deux catégories de noms : les noms à possession inaliénable (noms de parenté, parties du corps, parties d’un tout, etc.) qui ne peuvent s’énoncer sans déterminant possessif et les noms à possession aliénable, lexicalement autonomes, dont on marque la possession à l’aide d’un riche paradigme de classificateurs possessifs : classificateur possessif des nourritures, des boissons, des habitations, des embarcations, des plantes cultivées, des animaux domestiques, etc.

Aire géographique

Le iaai est parlé au centre d’Ouvéa dans les villages du district de Fayaoué (Fajawe). Au nord-est de l’île, le iaai est parlé à Gossanah (Hnyebuba) et à Ohnyat en concurrence avec le fagauvea. A Lekiny, dans l’extrême sud, les deux langues iaai et fagauvea, sont parlées.

Nombre de locuteurs

Le iaai compte 2 400 locuteurs résidant à Ouvéa auxquels il faut ajouter environ un millier de locuteurs résidant sur la Grande Terre (recensement de 1996).

Publications littéraires ou religieuses, écriture

L’évangélisation de la Nouvelle-Calédonie par les missionnaires protestants s’est faite à partir des îles Loyauté. Dès la fin du 19e siècle, de nombreux textes religieux ont donc été traduits en iaai : Evangiles de Luc (1868), de Jean (1869), de Marc (1870), Actes des Apôtres (1874) ainsi que des Psaumes (1880) par S. Ella. Une Bible en langue iaai a été éditée en 1901 par J. Hadfield. De leur côté, les catholiques ont publié un catéchisme en 1930. La liste complète de ces documents religieux figure dans la grammaire iaai (Ozanne-Rivierre 1976) avec les numéros de référence de la Bibliographie de la Nouvelle-Calédonie de Patrick O’Reilly, 1955, Paris, Musée de l’Homme (Publication de la Société des Océanistes N° 4).

L’orthographe iaai mise au point par les pasteurs protestants de la London Missionary Society présentait quelques lacunes. Néanmoins, nombreux sont les locuteurs iaai, surtout protestants, qui peuvent, encore aujourd’hui, écrire leur langue grâce à ces traditions d’écriture. Par rapport à l’écriture en usage dans la Bible, quelques remaniements graphiques ont été proposés pour l’enseignement du iaai dispensé dans certaines écoles d’Ouvéa : remplacement de /kh/ par /x/ pour noter la fricative vélaire sourde, distinction entre les consonnes labiales simples et les consonnes labiales labiovélarisées (ex. b/bw), notation de la longueur vocalique par deux voyelles successives (ex. a/aa). Mais, dans la mesure où l’enseignement du iaai n’est encore qu’au stade expérimental dans quelques écoles, il est difficile de prévoir une normalisation rapide de l’écriture de cette langue. Des propositions d’écriture ont été faites dans l’ouvrage collectif Les langues Mélanésiennes de Nouvelle-Calédonie (Haudricourt et al. 1979). Elles ont été reprises dans les années 1980 par l’équipe iaai du bureau des langues vernaculaires du Centre Territorial de Recherche et de Documentation Pédagogique (CTRDP) de Nouméa (cf. 7).

Analyses et documents linguistiques

La première étude linguistique du iaai est une ébauche grammaticale de Sydney RAY en 1926 dans son ouvrage A Comparative Study of the Melanesian Island Languages, pp. 84-111.  Un lexique iaai (n° 36) et une introduction grammaticale (pp. 234-244) figurent dans l’ouvrage de M. LEENHARDT (LDAM, 1946).

Tradition orale : En 1948, Jean GUIART avait recueilli un important corpus de textes iaai transcrits de la main même de ses informateurs. Deux de ces textes, accompagnés d’un mot à mot et d’une traduction française, ont été publiés dans le recueil Mythes et contes de la Grande Terre et des îles Loyauté (Rivierre J.-C. et al., 1980, Paris, SELAF, pp. 177-201). L’ensemble de ces textes a été publié dans : WAHEO Jacob, Moju bongon kau adreem ; Contes et légendes d’Ouvéa (Langues canaques 14), Nouméa, C.T.R.D.P.

Autres documents : Miroux, Daniel, 2007. Dictionnaire français-iaai. Tusi hwen iaai ae gaan. Dictionnaire contextuel et thématique, Nouméa, Alliance Champlain.

Ozanne-Rivierre, Françoise, 1976. Le iaai. Phonologie, morphologie, syntaxe, Paris : Peeters-Selaf.

  1984. Dictionnaire iaai-français (Ouvéa, Nouvelle-Calédonie), Paris : Peeters-Selaf, Langues et cultures du Pacifique 6.

Enseignement

Quelques heures d’enseignement de la langue iaai sont dispensées au collège protestant EBEN EZA d’Ouvéa. Les propositions d’écriture présentées par F. Ozanne-Rivierre (in Haudricourt et al. 1979) ont été reprises dans : WAHEO Jacob et WAHEO Taï, 1987, Langue IAAI - Ouvéa. Propositions d’écriture. Hna seti hwen IAAI, Nouméa, CTDRP.

Médias

Plusieurs textes en langue iaai figurent dans le cédérom Traditions orales iaai et fagauvea (Ouvéa, Iles Loyauté) réalisé par C. Moyse-Faurie et F. Ozanne-Rivierre pour la médiathèque du Centre Culturel Tjibaou de Nouméa, co-production CNRS/ADCK

Type de langue: 
Nouvelle-Calédonie