Kali’na

Autres noms

galibi (nom ancien), kaliña (variante orthographique de kali’na, pour souligner que le n s’y prononce comme la consonne notée gn en français).

Famille de langues

famille caribe (ou karib, ou cariban)  (Autre langue de la même famille en Guyane : le wayana)

Grands traits linguistiques

Le kali’na oriental, variante parlée en Guyane française de la langue kali’na, comprend 6 voyelles (dont une voyelle centrale fermée non arrondie, notée y, ï ou i, cette dernière notation actuellement préférée)

et 12 consonnes (dont une glottale notée par l’apostrophe, et une latérale rétroflexe notée r ou l, la dernière notation étant actuellement plus courante). Il y a une règle systématique de palatalisation progressive (mouillure de la consonne suivant un /i/), et de sonorisation des occlusives /p/, /t/ et /k/ dans certains contextes. Ces phénomènes connaissent de fortes variations selon la situation géographique et la classe d’âge.

La morphologie est très complexe, particularité que le kali’na partage avec les autres langues de la même famille. De nombreux phénomènes morphophonologiques se manifestent aux frontières de morphèmes à l’intérieur du mot (harmonie vocalique, assimilation consonantique, alternances vocaliques, réductions syllabiques).

Dans le mot, les préfixes indiquent en général la personne ou le changement de valence (forme réfléchie, intransitivisation du verbe) et les suffixes indiquent le nombre, la relation de possession, le temps-aspect-mode, les changements de classe grammaticale.

Les verbes se divisent en transitifs et intransitifs. Dans les verbes transitifs, les préfixes personnels marquent le sujet lorsque les personnes de l’intralocution (1ère, 2ème, lère inclusive "moi et toi") agissent sur une 3e personne objet : m-eyukui tu l’as invité(e) (où m- marque une 2e p. sujet avec 3e p. objet) ; mais les préfixes marquent l’objet quand on a une action de la 3e personne sur une personne de l’intralocution : ay-eyukui il (elle) t’a invité(e) (où ay- marque une 2e p. objet avec une 3e p. sujet). Cette hiérarchie des personnes est neutralisée dans les cas d’interaction entre personnes de l’intralocution : k-ayukui je t’ai invité(e) ou tu m’as invité(e, ; dans le cas d’une 3e personne agissant sur une 3e personne, c’est l’objet qui est marqué : n-eyukui il (elle) l’a invité(e) . Les verbes intransitifs sont divisés en deux sous-classes dont chacune prend l’une des séries de marques personnelles des transitifs : ainsi m-aimokii tu as embarqué, mais ay-auwai tu as ri. Cette scission de l’intransitivité est caractéristique de beaucoup de langues caribes, dans lesquelles on retrouve également un parallélisme entre les marques de personnes préfixées aux verbes, aux noms et aux postpositions, ainsi ay-emali ton chemin, ay-apolito à côté de toi.

Les noms sont soit aliénables (pouvant être ou non possédés), soit inaliénables (nécessairement possédés) : ainsi les parties d’un tout et en particulier les parties du corps, les termes de parenté, et les possessions personnelles telles que hamac, petit banc, arme, hotte de portage, animal domestique...). On a parfois des phénomènes de supplétion, p.ex. mule petit banc, mais ay-aponi ton petit banc.

La syntaxe des énoncés simples est construite suivant l’ordre préférentiel sujet-objet-verbe ou objet-verbe-sujet (avec de toutes façons une étroite solidarité entre l’objet et le verbe), éléments autour desquels peuvent apparaître des circonstants. Le groupe nominal possessif présente la succession déterminant (possesseur)-déterminé (possédé), ainsi maina emali le chemin de l’abattis, et le groupe postpositionnel la succession nom-postposition, ainsi maina apolito à côté de l’abattis. La négation s’opère à l’aide de la copule ("être") et du verbe adverbialisé : auwa’pa wa je ne ris pas, littéralement "non-riant je suis".

Les nombreuses particules modales, indiquant le degré d’engagement du locuteur par rapport à ce qu’il énonce, se placent toujours en seconde position dans l’énoncé, alors que les particules non-modales se trouvent immédiatement après le verbe, nom ou groupe nominal, groupe postpositionnel ou adverbe dont elles spécifient le sens. La subordination est généralement construite par des verbes nominalisés.

Aire géographique

- En Guyane : Commune d’Awala-Yalimapo (dans son entier) et partiellement dans d’autres communes de l’Ouest : Mana, Saint Laurent, Iracoubo, ainsi que dans l’agglomération cayennaise et à Kourou. - Ailleurs : Le kali’na est la seule de toutes les langues amérindiennes à être partagée entre des pays parlant cinq langues officielles : espagnol au Venezuela, anglais au Guyana, néerlandais au Surinam, français en Guyane et portugais au Brésil (sur la rive droite de l’Oyapock).

Nombre de locuteurs

- En Guyane : 2 800 Kali’na (qui ne sont pas tous locuteurs) selon F. et P. Grenand. Certains (en particulier la Fédération des Organisations Amérindiennes de Guyane) avancent une estimation haute de 4 000 personnes. - Ailleurs : 11 150 Kali’na au Venezuela dont 30% de locuteurs seulement (recensement de 1992), 3 000 Kali’na au Guyana dont 80% de locuteurs (selon J. Forte), pas de chiffres disponibles pour le Surinam, une quarantaine de locuteurs seulement au Brésil. On trouve des émigrés aux Pays-Bas. Le nombre total de Kali’na doit se situer entre 20 000 et 25 000 personnes (mais selon F. et P. Grenand le nombre de vrais locuteurs ne doit pas excéder 10 000)

Histoire

Les Kali’na, comme d’autres peuples de la même famille linguistique, sont vraisemblablement originaires de la région périphérique du Mont Roraima (Brésil et Venezuela), mais ils habitaient la zone côtière au moment de leurs premiers contacts avec les Européens au XVIe siècle. Dès les débuts de la colonisation, leur langue a intéressé les chroniqueurs, voyageurs et missionnaires qui ont laissé des grammaires, lexiques et catéchismes. Elle a également été utilisée comme langue de traite (on en trouve les dernières traces au début du XXe siècle). Elle a servi de point de repère dans la classification génétique des langues de la famille caribe.

Écriture

Plusieurs normes orthographiques sont utilisées selon les pays. Celle du Venezuela est notoirement mauvaise, celle du Surinam meilleure mais présentant l’inconvénient d’être très axée sur la graphie du néerlandais. Une normalisation à vocation "internationale" a été adoptée par la majorité des Kali’na de Guyane en 1997.

Enseignement

.

En 1998 a débuté une expérience de médiateurs culturels bilingues à Awala et à Kourou. Un DULCR (Diplôme Universitaire de Langues et Cultures Régionales) de l’UAG, orienté vers les langues amérindiennes (et dans les faits sur le kali’na) a fonctionné à Mana et Saint Laurent de 1995 à 1998.

Vie quotidienne

RFO diffuse cinq jours par semaine Epanamatoko, émission de quelques minutes sur la langue et la culture kali’na, par Arnaud Charles. Depuis mars 2001, paraît chaque mois à Kourou Oka.mag’ , bulletin d’actualités amérindiennes, essentiellement kali’na, rédigé en français, mais présentant dans chaque numéro un conte en langue kali’na.

Source : CNRS, CELIA

Type de langue: 
Zone Caraïbe