Langue de Voh-Koné

1. Nom de la langue : langue de Voh-Koné. Cette dénomination est utilisée pour un ensemble de petits dialectes parlés principalement au voisinage de Voh et de Koné, désormais centre administratif de la Province Nord. Les dialectes regroupés sous cette appellation sont maintenant au nombre de six (après extinction du waamwang) : bwatoo, haeke, haveke, hmwaveke, hmwaeke, vamale. Certains de ces dialectes sont dénommés aussi par le nom de la localité où ils sont parlés (par exemple "le Baco", pour désigner le haeke). Dans un cas au moins, ce nom de localité réfère à une forme dialectale émergente, résultat du contact prolongé entre deux dialectes. On parle ainsi du « fa ceta » (langue de Tiéta), puisque les deux dialectes locaux (hmwaeke et hmwaveke) ne seraient plus distingués par les jeunes générations (Campbell, 1987). Reste que les distinctions et dénominations utilisées traditionnellement sont encore pertinentes. Dans l’introduction de son ouvrage Langues et dialectes de l’Austro-Mélanésie, M. Leenhardt (1946) parle de la langue de Voh-Koné dans son ensemble et l’appelle, du nom de l’un de ses dialectes, « le haeke ». Selon cet auteur, le nom de la langue de Hienghène (le nemi) servait aussi à désigner tout un ensemble régional, incluant certains dialectes parlés dans la région de Voh et de Gatope (LDAM 1946, p.xiv).

2. Famille linguistique, indications d’ordre linguistique ou sociolinguistique : Langue de la moitié nord de la Grande Terre - Nouvelle-Calédonie - branche océanienne de la famille austronésienne. Les six dialectes composant la langue de Voh-Koné sont proches les uns des autres. La colonisation ayant entraîné des déplacements et des regroupements de population, certains dialectes sont parlés maintenant dans le même village. Il en résulte de fortes interférences entre dialectes (ex. bwatoo/haveke à Oudjo), voire l’effacement de différences anciennes ; c’est le cas du fa ceta évoqué en (1.) (Campbell, 1987). Inversement le hmwaeke, autrefois parlé dans la haute Tipijé mais dont les locuteurs ont été dispersés entre la côte ouest (Tiéta) et la côte est s’est scindé en deux dialectes distincts. Celui qui est parlé par un petit nombre nombre de locuteurs dans la basse Tipijé et Tékenpaïk s’appelle le vamalé. Il s’agit de langues où les anciennes occlusives orales, aspirées et non aspirées (ph et p) sont devenues des fricatives (> f, v). Parmi ces phonèmes devenus très fréquents dans cette aire linguistique, l’articulation du [s] et du [z] permet d’opposer les gens de l’intérieur et les gens du bord de mer ; ces derniers les articulent en effet comme des interdentales ([th] anglais).

3. Aire géographique : aire coutumière Hoot ma Waap.

Répartition des dialectes de la région de Voh-Koné  NOM LOCALITE LOCALISATION ANCIENNE bwatoo Népou, Oudjo îlot Konyène, côte entre Pouembout et Népoui haeke Baco Koné, Baco, Pidjen, Oudjo haveke Oudjo, Gatope Gatope, Voh hmwaveke Tiéta Voh, Tiéta hmwaeke Tiéta Haute vallée de Tipijé, Vamale vamale Tekenpaïk, Tiouandé Haute vallée de Tipijé, Vamale waamwang (éteint) Voh

4. Nombre de locuteurs 1 500 (haeke : 535 ; haveke : 421 ; hmwaeke/hmwaveke : 318 ; bwatoo : 217) dont 471 hors de la zone traditionnelle d’implantation.

5. Publications littéraires ou religieuses, écriture.  Il n’existait pas de tradition d’écriture jusque dans les années 1980. Les gens se débrouillaient pour écrire (paroles, chants composés à l’occasion des festivités) en s’inspirant de principes d’écriture introduits au début du siècle par des missionnaires venus de Maré. Les seules traces imprimées de cette écriture sont Tri fa trahma nyima trhabuke fatri , (probablement un abécédaire), paru en 1909, ainsi que deux lettres de soldats publiées par Virheri, n°17, août 1916, n°38, mars 1919. Vers les années 86-87, Maryline Ebeth Campbell, étudiante du SIL (Summer Institute of Linguistics), séjourne six mois dans la région de Tiéta pour y étudier la phonologie du hmwaeke ; son but est de mettre au point une écriture, de préparer la traduction et la publication de textes religieux. Les principes d’écriture sont publiés par l’Office Culturel Scientifique et Technique Canaque dès 1986 (cf. K. Selefen, 1986). Puis, grâce à l’appui d’un comité local, une traduction de l’évangile selon Mathieu paraît en 1990 (Evangile selon Mathieu, Association Calédonienne de Linguistique et de Traduction, Nouméa, 1990, 135p.). Il s’agit de la première publication utilisant les normes élaborées pour la région de Tiéta. A noter que ces normes reprennent en fait celles qui ont été proposées par les linguistes du CNRS (cf. Haudricourt A.-G. et al. 1979, Les langues mélanésiennes de Nouvelle-Calédonie, Nouméa, D.E.C. (Eveil, 13), 105 p.

6. Analyses et documents linguistiques

Lexiques, vocabulaires, listes de mots

- Listes LEENHARDT (LDAM, 1946) : Wamoang (n°17) ’Moaveke (n°28), ’Moaeke (n°29), ’Aveké (n°30), ’Aeke (n°31). - Liste de 200 mots en haeke de G.W. GRACE en 1955. - Les listes de Leenhardt et de Grace ont été revues et complétées par HAUDRICOURT ; en 1959 : haveke et bwatoo (à Oudjo), vamale (variante du hmwaeke) enquêté à Tekenpaïk sur la côte est ; en 1963 : hmwaveke et hmwaeke (à Tiéta), bwatoo et haeke (à Népou). - Enquêtes RIVIERRE : 1971 haveke (Oudjo), 1973 et 1977 : hmwaveke et hmwaeke (Tiéta), 1994 bwatoo (Népou), 1997 et 1998 bwatoo (Oudjo). Entre 1995 et 1998, enquêtes de S. EHRHART sur le bwatoo à Népou et à Oudjo, sur le haveke (Oudjo) et sur le haeke (Baco). Pour l’aboutissement de ces enquêtes, cf. ci-dessous : EHRHART et RIVIERRE, 2002.

Littérature orale

COYAUD ; textes bwatoo recueillis à Gatope en 1977 ("Le lézard et le bénitier","Le veau marin et la vache marine"), racontés par Joseph thi Diéla ; ils sont publiés en français dans Littérature orale, LACITO-documents Asie-austronésie 2, SELAF, Paris, 1979, et dans Contes chinois et kanak, PAF, Paris, 1982. [Dans ce dernier recueil sont publiés en français deux autres textes bwatoo du même narrateur : "Fête à Temala" et "l’expulsion de l’île Koniène". Et aussi (toujours en français) un texte haeke "le premier missionnaire à Koné" par Albert Paama Wabealo, grand chef de Baco et, du même narrateur, mais donné comme un texte hmwaveke,"Les martins-pêcheurs et les ignames"].

LEENHARDT : Une berceuse en langue haeke figure dans LDAM, p.180. HAUDRICOURT : Quelques textes ont été recueillis en vamalé et un en haveke (ms).

RIVIERRE : contes et histoires de clans recueillis dans la région de Tiéta, en langue haveke, waamwang, hmwaveke et hmwaeke (ms).

EHRHART et RIVIERRE (avec la collaboration de R. Diela) : textes en langue bwatoo de Raymond Diela.

Une poésie traduite en "Vamaley" figure dans Aux vents des Iles (Walepane 1993, p.222).

Analyses linguistiques

LEENHARDT, Maurice - 1946, LDAM, pp. 157-180 : indications grammaticales concernant les dialectes hmwaveke, hmwaeke, haveke, haeke.

SELEFEN, Kéké - 1986, Propositions d’écriture en langue Hmwaéké. Région de Tiéta (Voh), La Case - Patrimoine Kanak 7, Nouméa, pp. 2-8.

CAMPBELL, Maryline E. - 1987, The phenomenon of spreading in fa tieta, a language of New Caledonia, Master of Arts in linguistics, University of Texas at Arlington, USA (ms) (étude sur la phonologie du fa ceta).

RIVIERRE, Jean-Claude, 1994, Contact-induced phonological complexification in New Caledonia, in Tom Dutton and Darrell T. Tryon (eds), Language contact and change in the Austronesian world, Berlin, Mouton de Gruyter (Les conséquences du contact inter-dialectal sur la phonologie des langues, en particulier dans la région de Voh-Koné).

RIVIERRE, Jean-Claude et Sabine EHRHART, avec la collaboration de Raymond DIELA, 2006. Le bwatoo et les dialectes de la région de Koné (Nouvelle-Calédonie). Paris-Louvain-Dudley, Peeters, Langues et Cultures du Pacifique 17

Type de langue: 
Nouvelle-Calédonie