Les créoles

Les langues créoles sont nées lors de la période coloniale dans des sociétés de type esclavagiste. À la différence des pidgins, qui sont des langues de contact entre deux populations conservant chacune sa langue maternelle, les créoles sont devenus les langues maternelles des populations transférées.

Cette transformation a eu lieu surtout vers le XVIe et XVIIe siècles. Les créoles les plus répandus sont à base française (Martinique, Guadeloupe, Guyane, Haïti, Ile Maurice, La Réunion, Seychelles), espagnole (République dominicaine, Philippines, Amérique du Sud), anglaise (Jamaïque, Hawaï), néerlandaise (Surinam, Antilles néerlandaises) ou encore portugaise (Guinée-Bissau, Cap Vert ou encore en Inde).

Il existe également des créoles qui ne sont pas issus de langues européennes mais constituent des langues véhiculaires d’Afrique comme le swahili, le kituba ou le lingala. Certains créoles possèdent plusieurs bases linguistiques. Le papiamento en est un exemple : parlé aux Antilles néerlandaises, il a subi tout d’abord l’influence des Portugais, puis celle des Espagnols, des Hollandais, des Anglais et, secondairement, celle des Français.

Contrairement à certaines idées reçues, les créoles ne sont pas des langues dégénérées ou « simplifiées », mais des langues à part entière, qui ont fait évoluer les structures de la langue du maître ou du colonisateur, de la même façon que les langues romanes proviennent du latin populaire. La différence réside dans le fait que pour les créoles, le processus d’évolution a été très rapide. La thèse selon laquelle les structures grammaticales des créoles proviendraient des langues d’origine (africaines notamment) ne fait pas l’unanimité et demande confirmation.

Bien que langue officielle dans certains pays, tels Haïti (conjointement avec le français) ou les Seychelles (de pair avec le français et l’anglais), le statut des créoles est bien souvent dévalorisé. Ils se situent à l’origine dans deux zones géographiques bien distinctes : les Amériques, avec notamment le créole haïtien (plus de 7 millions de locuteurs), et l’Océan Indien, où le créole mauricien concerne plus d’un million de personnes, le créole réunionnais près de 500 000 locuteurs et le créole des Seychelles 80 000.

En ce qui concerne les territoires relevant de la souveraineté de la France, on trouve des créoles à base française à la Martinique et à la Guadeloupe, en Guyane, et à la Réunion. Le créole de la Martinique et celui de la Guadeloupe sont très proche. Le créole de Guyane se distingue de celui des Antilles par un certain nombre de traits spécifiques, mais l’intercompréhension reste facile ; en revanche elle est impossible entre créoles américains et créoles de l’Océan Indien. Un créole à base française est également parlé aux environs de Nouméa en Nouvelle-Calédonie. En Guyane française on trouve aussi des créoles à base anglaise : ndjuka, aluku, paramaka (ces trois variétés, très proches peuvent être regroupées sous le nom de nengue) et un créole à base anglo-portugaise, le saramaka.

En France métropolitaine, on trouve essentiellement des créoles à base française parlés par des populations originaires des DOM-TOM. Si ces variétés sont parlées par la quasi-totalité de la population des DOM-TOM avant leur migration en métropole, l’école publique les ignore et ne connaît que l’apprentissage du français

Michel LAUNEY (CNRS, CELIA)

Type de langue: 
Zone Caraïbe