Mahorais

Phonologie

Le mahorais présente un système vocalique, classiquement bantou, à cinq phonèmes vocaliques oraux, sans opposition de longueur : i, e, a, o, u et des nasalisations systématiques, donc phonétiques, devant les consonnes mi-nasales.

Le système consonantique, quant à lui, comprend 25 consonnes orales et 9 consonnes nasales dont 6 prénasalisées sonores.

La mahorais ne fait pas d’opposition tonale. L’accent tombe majoritairement sur l’avant-dernière syllabe. Les syllabes sont ouvertes : V ou CV (V = voyelle ; CV = consonne-voyelle), et les mots bantous n’admettent pas de successions de consonnes. Dans les mots empruntés à l’arabe, les successions consonantiques sont réinterprétées en successions CV par insertion d’une voyelle ;

exemple :

marke                marike                "argent"

La morphologie et la syntaxe du mahorais sont très régulièrement bantoues, essentiellement caractérisées par le système des classes nominales, la dérivation nominale, verbo-nominale et verbale. En effet, la caractéristique essentielle d’une langue bantoue est la prédominance de l’accord. Cet accord est marqué sur la quasi-totalité des composants de l’énoncé et diffère selon la classe. Une classe est constituée par l’ensemble ouvert de nominaux qui régissent un même ensemble de marques d’accords sur les éléments qui dépendent de lui et cet ensemble de marques d’accord est un paradigme fermé de marqueurs morphologiques (essentiellement des préfixes). Il s’agit d’un phénomène grammatical.

Les études comparatives faites sur les diverses langues bantoues d’Afrique, ont permis de dégager vingt et une classes d’accord, classiquement numérotées, selon l’ordre de leur découverte, à partir des travaux de Bleek (1862). Chaque langue ne fait pas usage des vingt et une classes. Les classes vont souvent par paires : l’une au singulier, l’autre au pluriel pour former un genre. Le genre est une association de deux classes (voire trois par un processus de dérivation) liées sémantiquement de manière impérative.

Le mahorais fait usage de cinq genres à deux classes (de 1 à 10), les noms sont donc associés en genres par paires singulier/pluriel, exemples : cl.1/2 mutru/watru "personne (s)". ; cl.3/4 mumanga/mimanga "manguier(s)". Il utilise aussi que les classes 11 et 15 (cette dernière ne comprenant que les formes verbo-nominales) auxquelles il faut ajouter trois classes locatives, 16, 17 et 18 au fonctionnement particulier. Tous les noms se trouvent répartis entre ces différentes classes. Il n’y a pas de distinction masculin-féminin comme dans les langues indo-européennes.

Les noms, même par un processus de dérivation par changement de classes ne se trouvent jamais dans toutes les classes de la langue tandis que les adjectifs, les démonstratifs et les verbes peuvent (sauf restrictions sémantiques pour les adjectifs et les verbes) être accordés à toutes les classes de la langue.

La formation des mots et la dérivation nominale et verbo-nominale

Le lexique comprend, d’une part, une catégorie de thèmes nominaux de structure : -VCV , -CV, -CVCV, -CVCVCV, susceptibles de dérivation par changement de classe et d’autre part des racines -CVC-, -VC-, -CV-ou -C-, productives à la fois de verbaux et de nominaux. Dans l’un et l’autre cas, thème ou racine doivent être précédés d’un préfixe (ici mis en évidence par un tiret) et ce sont ces associations obligatoires qui forment les unités minimales de sens.

exemples du premier type d’association : préfixe + thème

mu-falume   cl.1   "roi" wa-falume   cl.2   "rois" ma-falume   cl.6   "royaume" shi-falume   cl.7   "à la royale" u-falume   cl.11   "royauté"

exemples du second type d’association : préfixe + racine + suffixe

*-himb-      u-himb-a   cl.15   "chanter"   mu-himb-izi   cl.1   "chanteur"   wa-himb-izi   cl.2   "chanteurs"   Ø-himb-o   cl.9   "chanson"   Ø-himb-o   cl.10   "chansons"

La dérivation verbale

Les radicaux verbaux sont susceptibles d’extensions, combinables entre elles, sous réserve du sens- jusqu’au troisième degré, ce qui permet de tirer d’un radical primaire de cinq à dix verbes dérivés :

*-fung- -fung-a   "lier, attacher, emprisonner" -fung-w-a   "être attaché" (passif) -fung-an-a,   "s'entendre" (associatif) -fung-i-a   "lier à" (applicatif) -fung-idz-a   "signer l'acte du mariage" (causatif) -fung-i-w-a   "être mariée (pour la femme)" (applicatif + passif) -fung-idz-i-w-a   "officialisation du mariage par le cadi" (causatif+applicatif + passif) -fung-u-a   "détacher" (réversif) -fung-u-lw-a   "divorcer (pour la femme), être répudiée" (réversif + passif)

et un nominal

ma-fung-idz-o   cl.6   "signature, officialisation du mariage"

La conjugaison

Elle s’opère par la combinaison de préfixes et de suffixes, en tout 10 formes simples, exprimant la personne, les notions d’aspect (perfectif, imperfectif), de temps (passé, actuel, futur), de mode (énonciatif, irréel, jussif...) et l’opposition affirmatif/négatif. S’y ajoutent des formes composées à auxiliaires exprimant les aspects : progressif, imminent, potentiel, etc. La forme verbale minimale comprend deux éléments : racine + suffixe et correspond à l’impératif deuxième personne du singulier ;

exemple :

rema        |rem-a|                "frappe".

D’après Marie-Françoise ROMBI (CNRS, LACITO)

Type de langue: 
Océan indien