Nêlêmwa et nixumwak

Langues parlées dans l’aire coutumière de Hoot ma Waap

Nom de la langue

Nêlêmwa et nixumwak sont deux variantes dialectales parlées dans l’extrême-nord de la Nouvelle-Calédonie. Ces langues sont nommées nenema et koumac dans l’ouvrage de M. Leenhardt (LDAM, 1946). Haudricourt (1963) a publié un lexique, une description phonologique, quelques indications grammaticales et des textes de tradition orale. La première description approfondie du nêlêmwa a été faite par Isabelle Bril, linguiste au LACITO-CNRS ; un dictionnaire est paru en 2000 et une grammaire en 2002.

Famille linguistique – Indications d’ordre linguistique ou socio-linguistique

Langue de la moitié nord de la Grande Terre - Nouvelle-Calédonie - branche océanienne de la famille austronésienne. Les différences entre les variantes nêlêmwa et nixumwak sont essentielle¬ment d’ordre phonologique et lexical. Ces deux dialectes, comme la langue nyelâyu voisine, possèdent des classificateurs possessifs et numériques.

Les classificateurs possessifs (une dizaine) dérivent de noms à sens plein. Ils permettent de marquer la possession des parts de nourriture, des boissons, des armes, des paniers, des plantes cultivées, des animaux domestiques, des produits de pêche ou de chasse (Bril 2002 : 367-370).

La plupart des classificateurs numériques (une vingtaine) sont aussi dérivés de noms. Ils sont indispensables à la numération de tous les noms, répartis en classes définies selon des critères notionnels : animé, forme (ronde, allongée, large et plate), pousse ou pied (d’arbre, de plante, mode de groupement (tas, touffe, paquet, etc.) (Bril 2002 : 382-390). A ces classificateurs sont suffixés les numéraux cardinaux jusqu’à “neuf”.“Dix” se dit tujic quelle que soit la classe. Le nêlêmwa et quelques langues du Nord innovent également par l’existence de déterminants féminins et masculins (formés par association aux noms ak “homme” et thaamwa “femme”) (Bril 2002 : 281-285).

Comme les autres langues de l’extrême-nord de la Grande Terre, l’ordre non marqué du nêlêmwa est VOS (verbe –Objet(patient)-Sujet. En nêlêmwa, l’agent nominal des verbes transitifs est marqué par des marques ergatives, de façon distincte des sujets des verbes intransitifs (langue à morphologie ergative).

Aire géographique

Aire coutumière Hoot ma Waap. Le nêlêmwa est parlé dans le district coutumier des Nenema qui comprend la région de Poum, de Tiabet et les îlots voisins de Baaba, Neba, Tâânlo, Tié, Yandé et Yenghebane. Le nixumwak est parlé dans la région de Koumac.

Nombre de locuteurs

Au recensement de 2009, nêlêmwa et nixumwak ont environ 1000 locuteurs.

Publications littéraires ou religieuses, écriture

Le nêlêmwa et le nixumwak n’avaient pas réellement de norme d’écriture avant 1990, date à laquelle le Comité linguistique des Nenema a élaboré une norme d’écriture avec l’aide du linguiste S. Schooling.

Cette proposition d’écriture a été en grande partie reprise par la linguiste I. Bril lors de ses enquêtes linguistiques entre 1990 et 1995. Publications religieuses : Traduction de la Bible en nêlêmwa (en cours) par le Comité linguistique.

Publications littéraires : Une poésie en langue kumak et trois poésies en langue nenema ont été publiées dans Wanir Walepane, 1993, Aux vents des Iles (p. 218 pour la première et pp. 96, 112 et 224 pour les suivantes). 1999 - Conte nixumwak publié dans Contes et légendes océaniens (recueil coordonné par Léonard Sam), Collection Langues canaques n° 18. Vice-Rectorat, Mission Langues et cultures régionales, Centre de documentation pédagogique. I. Bril a publié divers textes de littérature orale nêlêmwa–nixumwak sous forme de CD-ROM coproduction CNRS/ADCK (1998, 1999, 2001, 2004). Voir aussi le site archivage du LACITO pour d’autres publications.http://lacito.vjf.cnrs.fr/archivage/languages/Nelemwa.htm

Bril, I., 1998, L’origine des filets, texte en langue nêlêmwa (Nouvelle-Calédonie), in J.-C. Rivierre (ed.), CD-ROM mixte réalisé pour le Centre Culturel Tjibaou, coproduction CNRS/ADCK.  1999, Contes de l’Extrême-nord, CD-ROM de 60 minutes pour le Centre Culturel Tjibaou, coproduction CNRS/ADCK.  2001-2003, Archivage de textes de tradition orale (Archives LACITO, coordonnées par Boyd Michailovsky).http://lacito.vjf.cnrs.fr/archivage/languages/Nelemwa.htm  2004, Tha bwa kam ‘Le lancer-ricochet’, contribution au CD-ROM pour le volume d’hommages à Jacqueline Thomas. Du Terrain au Cognitif. Linguistique, Ethnolinguistique, Ethnosciences - À Jacqueline M.C. Thomas, Élisabeth Motte-Florac & Gladys Guarisma (éds). Peeters, SELAF 417.

 2005, Musée du Quai Branly. Borne interactive. Discours de cérémonie de deuil.

Analyses et documents linguistiques

Les deux premières descriptions du nêlêmwa et du nixumwak sont celles de M. Leenhardt (1946) et de A.-G. Haudricourt (1963)). Plus récemment (1990-1995), I. Bril a effectué des enquêtes linguistiques dans cette région et a réalisé deux monographies approfondies (2000, 2002).

LEENHARDT M., 1946, Langues et dialectes de l’Austro-Mélanésie, Travaux et Mémoires de l’Institut de l’Ethnologie 46, Paris, Musée de l’Homme. [L’auteur donne une liste de mots en "nenema" (n° 22) et en "koumac" (n°23) ainsi que quelques repères grammaticaux en introduction].

HAUDRICOURT a.-G., 1963, La langue des Nenemas et des Nigoumak, Dialectes de Poum et de Koumac, Nouvelle-Calédonie, Linguistic Society of New Zealand, Auckland. [Cet ouvrage comporte un lexique, une description phonologique, des indications grammaticales et des textes de tradition orale.]

BRIL I., 2000, Dictionnaire nêlêmwa-nixumwak-français-anglais, Paris, Peeters (Langues et Cultures du Pacifique 14), 523 p.

 , 2002, Le nêlêmwa (Nouvelle-Calédonie) : Analyse syntaxique et sémantique, Paris, Peeters (Langues et Cultures du Pacifique 16).

 , 2003, “Aire coutumière Hoot ma Whaap, Le nêlêmwa-nixumwak (Nouvelle-Calédonie)”. In Les langues de France. Dir. de Bernard Cerquiligni. Paris, PUF, pp. 362-365.

 2011, “Le nêlêmwa (Nouvelle-Calédonie)”. In Encyclopédie des Sciences du Langage, Tome 3, Dictionnaire des langues, éds. A. Peyraube et E. Bonvini, Paris, PUF, pp. 1216-1220.

Autres publications :

BRIL I., 1996, La relation d’appartenance en nêlêmwa, Faits de Langues 7, mars, Paris, Ophrys.

 , 1997, Split ergativity in Nêlêmwa. In C. Odé and W. Stokhof (eds), Proceedings of the Seventh International Conference on Austronesian Linguistics, Amsterdam/ Atlanta, Rodopi B. V., pp. 377-393.

 , 1999a, Negation in Nêlêmwa. In E. Hovdhaugen & U. Mosel (eds), Negation in Oceanic languages, Munich, Lincom Europa (Lincom Studies in Austronesian Linguistics 02), pp. 80-95.

 , 1999b, Quantification, qualification et degré en nêlêmwa. In A. Deschamps et J. Guillemin-Flescher (éds), Les opérations de détermination. Quantification / qualifica¬tion, Actes du colloque de linguis¬tique, Université Paris 7, 27-28 mars 1998, Paris, Ophrys, pp. 233-250.

 , 2000, Enquête linguistique et enjeux culturels en Nouvelle-Calédonie, In A. Bensa et I. Leblic (eds.), En pays kanak aujourd’hui : archéologie, linguistique, ethnologie, histoire, Paris, Mission du Patrimoine ethnologique/Ed. de la msh, pp. 273-91.

 , 2001, Postmodification and the structure of relative clauses in Nêlêmwa and other New Caledonian languages. In B. Palmer and P. Geraghty (eds), SICOL. Proceedings of the Second International Conference on Oceanic Linguistics, vol. 2. Historical and descriptive studies, Pacific Linguistics, Canberra, The Australian National University, pp. 261-84.

 , 2004, Complex verbs and dependency strategies in Nêlêmwa (New Caledonia), In I. Bril, F. Ozanne-Rivierre (eds.), Complex Predicates in Oceanic Language : Studies in the Dynamics of Binding and Boundness, Berlin : Mouton de Gruyter, pp. 167-198.

 , 2004, Les noms composés en nêlêmwa, In P. Arnaud (ed.), Le Nom composé : Données sur 16 langues, Lyon, Presses Universitaires de Lyon, pp.185-220.

 , 2004, Deixis in Nêlêmwa (New Caledonia), In G. Senft (ed.), Deixis and demonstratives in Oceanic languages, Canberra : Pacific Linguistics, pp.99-127 (Pacific Linguistics, 562).

 , 2007, Reciprocal constructions in Nêlêmwa, In V.P. Nedjalkov, E. Geniusien and Z. Guentchéva (eds), Reciprocal constructions, Amsterdam, Philadelphia : Benjamins, p.1479-1509, (TSL, 71).

Pour une bilbiographie plus complète voir le site : http://lacito.vjf.cnrs.fr/publications/publications_liste.php?pageNum_liste_pub=1&totalRows_liste_pub=40&NomAuteur=bril&NomPrenomAuteur=Isabelle%20BRIL

GRACE G.W., 1972, On canonical shapes in the language of Koumac, Langues et techniques, nature et société, I. Approche linguistique [volume offert en hommage à A.-G. HAUDRICOURT], ed. J. M. C. THOMAS et L. BERNOT. Paris, Klincksieck, pp 135-140.

LEBLIC, I. et M.-H. TEULIERES-PRESTON, 1987, Systèmes techniques et sociaux d’ex¬ploitation traditionnelle des ressources marines des pêcheurs kanak du Nord et du Sud de la Nouvelle-Calédonie, Étude pour les appels d’offre 1983 et 1984 de la Mission du Patrimoine Ethnologique, Paris, Ministère de la Culture. [termes techniques et liste des noms de poissons en langue nêlêmwa].

QUINTANA J., 1972, Le bilinguisme d’un mélanésien de Nouvelle-Calédonie, thèse de Doctorat de 3ème cycle, Université de Paris.

Enseignement

Dès la mise en place en 1994-95 du plan PHAX (du nom des aires linguistiques de la Province Nord) qui fournissait un cadre à l’enseignement des langues vernaculaires à l’école (pour 5 heures hebdomadaires), le nêlêmwa a été enseigné à l’école primaire publique de Tiabet. Cet enseignement est toujours en place, il est également dispensé depuis 2000 au Collège de Poum (ASEE). L’une des difficultés pour enseigner la langue tient à l’absence de documents et de matériel pédagogique.

Article révisé par I. Bril (LACITO-CNRS) en juillet 2011

Type de langue: 
Nouvelle-Calédonie