Nemi

Némi, ou langue de Hienghène. Dans la langue, nemi est un pronom personnel inclusif de première personne du pluriel qui signifie « nous autres (vous exclus) ». Selon M. Leenhardt ce nom avait autrefois une valeur englobante pour désigner tout un ensemble de langues parlées sur la Grande Terre, des deux côtés de la chaîne centrale, à hauteur de Voh et de Hienghène : « la langue de Némi comprend les dialectes des régions de Hienghène, Pinjé, Temala, Faténawé, Pakèp, l’île Gatope, et tout le territoire de Voh à Hienghène s’appelle, chez les indigènes, le pays du parler Némi. » (LDAM 1946, p.xiv).

Famille linguistique, indications d’ordre linguistique ou socio-linguistique

Langue de la moitié nord de la Grande Terre - Nouvelle-Calédonie - branche océanienne de la famille austronésienne.

On distingue deux variantes dialectales : le nemi de la côte est d’une part et celui de la côte ouest, considéré comme plus conservateur au moins dans sa prononciation : les locuteurs de cette région conservent à l’intervocalique les mêmes distinctions consonantiques que celles qui sont faites en début de mot. Ces locuteurs nemi habitaient autrefois l’arrière-pays nemi (à Ouengo-Pouepai) et, depuis le début de ce siècle, se sont installés dans les quelques villages de l’aire linguistique pwapwâ-pwaamei. Ils y cotoient les locuteurs de ces deux langues ainsi que des locuteurs jawe, eux-mêmes venus de Ouahat.

Aire géographique : Aire coutumière Hoot ma Waap.

Le nemi est parlé sur la côte est à l’embouchure de la Ouaième (dans les villages de Panié, Ouaième où résident aussi des locuteurs fwâi), dans la vallée de la Ouaième (Haut-Coulna, Bas-Coulna) et dans le fond de la vallée de la Hienghène (Caavatch, Tendo). Le nemi est également parlé sur la côte ouest à Témala et dans plusieurs villages de la commune de Voh.

Nombre de locuteurs

900 dont 312 hors de la zone traditionnelle d’implantation. Autres estimations : Leenhardt (LDAM, 1946) 700 ; recensement ITSEE de 1996 (>14 ans) 768.

Publications littéraires ou religieuses en langue, écriture.

Le seul catéchisme existant pour la région de Hienghène a été publié en langue fwâi. Aucune publication religieuse ne semble avoir été réalisée en langue nemi proprement dite par les Maristes. Pour quelques relevés de vocabulaire faits au dix-neuvième siècle, se reporter à Haudricourt (1976, p. 367). Des passages des Actes des Apôtres ont été publiés en 1917 dans Virheri, périodique des pasteurs protestants indigènes. 6. Analyses et documents linguistiques. L’étude linguistique des langues de la région de Hienghène et plus particulièrement du nemi est due à F. Ozanne-Rivierre (CNRS). On doit à cet auteur un ensemble complet de travaux comprenant une esquisse grammaticale du nemi, un dictionnaire thématique des langues de la région de Hienghène et des études approfondies de linguistique historique. Le même auteur a publié en collaboration avec P. Tein, locuteur nemi, deux importants volumes de tradition orale. Ces travaux ont été initiés par Haudricourt qui a publié ses résultats, soit en collaboration avec F. Ozanne-Rivierre, soit dans des articles de synthèse.

Lexicologie - HAUDRICOURT A.-G. et F. OZANNE-RIVIERRE, 1982, Dictionnaire thématique des langues de la région de Hienghène (Nouvelle-Calédonie) : pije, fwâi, nemi, jawe, Paris, SELAF (LACITO-Documents Asie-Austronésie 4), 285 p. - OZANNE-RIVIERRE F., 1995, Nemi, in D.T. Tryon (ed.), Comparative Austronesian Dictionary, Berlin, Mouton de Gruyter.  Un lexique nemi-français se trouve à la fin du second volume des Textes nemi (Ozanne-Rivierre, 1979b).  Tradition orale - OZANNE-RIVIERRE Françoise, 1975a, La littérature orale nemi (Nouvelle-Calédonie), Journal de la Société des Océanistes 31/49, pp. 399-434. - OZANNE-RIVIERRE F. [en collaboration avec Poindi TEIN], 1979a, Textes nemi (Nouvelle-Calédonie) I. Kavatch et Tendo, Paris, SELAF (Tradition Orale, 31), 316 p. [l’introduction comporte une présentation phonologique et syntaxique] - OZANNE-RIVIERRE Françoise, 1979b, Textes nemi (Nouvelle-Calédonie) II. Bas-Coulna, Haut-Coulna. Lexique nemi-français, Paris, SELAF (Tradition Orale, 32), 367 p. - TEIN Kaloonbat, 1984, Une histoire de Paniè, racontée par Mme Maria Ouillat, La Case - Patrimoine Kanak 2, Nouméa, pp. 22-33. - TEIN Kaloonbat, 1986, Bwek Bwankuc - Histoire de la roussette de Bwankuc. Langue Nemi, La Case - Patrimoine Kanak 5, Nouméa, pp. 50-53. - TEIN Kaloonbat, 1987, Hwanfalik - Dictons de la vallée de Hienghène, Nouméa, Office Culturel Scientifique et Technique Canaque, 59 p. - WEDOYE Bealo, 1986, Histoire de Kaavo et Ixe du ventre de l’érythryne de Kale mak, La Case - Patrimoine Kanak 5, Nouméa, pp. 36-49.

Phonologie et linguistique comparée - A.-G., 1948, Les langues du Nord de la Nouvelle-Calédonie et la grammaire comparée. Journal de la Société des Océanistes, 2 pp. 159-162. - A.-G., 1960, Occlusives à explosions nasales en Nouvelle-Calédonie. Bulletin de la Société de Linguistique de Paris 56/1. X-XI. - OZANNE-RIVIERRE F., 1975b, Phonologie du nemi (Nouvelle-Calédonie) et notes sur les consonnes postnasalisées, Bulletin de la Société de Linguistique de Paris 70/1, pp. 345-356. - OZANNE-RIVIERRE F., 1982, Langues de Hienghène et proto-océanien : Phonologie comparée, in Haudricourt A.-G. et F. Ozanne-Rivierre, Dictionnaire thématique des langues de la région de Hienghène (Nouvelle-Calédonie) : pije, fwâi, nemi, jawe, Paris, SELAF (LACITO-Documents Asie-Austronésie, 4), pp. 9-61. - OZANNE-RIVIERRE F., 1989, Le développement des voyelles nasales dans les langues du nord de la Nouvelle-Calédonie, Cahiers du Lacito, 4, pp. 83-100

Médias

Un cédérom réalisé pour le Centre Culturel Tjibaou par Françoise Ozanne-Rivierre, à partir de textes enregistrés à Kaavatch, Tendo et Bas-Coulna et Ouaième, dans les années 1970, Quinze textes nemi (1 heure), coproduction CNRS/ADCK.

Type de langue: 
Nouvelle-Calédonie