Nyelâyu

Langue parlée dans l’aire coutumière de Hoot ma Waap

Nom de la langue

Le nom nyelâyu (écrit « nielaiu », « niélaiou ») était déjà utilisé au milieu du dix-neuvième siècle par les premiers Maristes. Un siècle plus tard, Leenhardt (LDAM) l’utilise aussi mais le transcrit yalasu. Les Maristes appelaient aussi cette langue le Puma, du nom de la chefferie de Balade.

Famille linguistique – Indications d’ordre linguistique ou socio-linguistique

Langue de la moitié nord de la Grande Terre, Nouvelle-Calédonie, Groupe océanien de la famille austronésienne. Cette langue comporte deux dialectes assez différenciés : le nyelâyu des îles Bélep et celui de la Grande Terre parlé à Arama, Tiari et Balade. Sur la Grande Terre des différences notables existent entre le nyelâyu de Tiari/Balade et celui parlé à Arama (cf. Ozanne-Rivierre 1998).

Aire géographique

Aire coutumière Hoot ma Waap. Sur la Grande Terre, le nyelâyu est parlé à Balade, dans quatre tribus sises sur la commune de Pouébo. Il est parlé aussi à Arama, dans trois tribus rattachées à la commune de Poum. Le nyelâyu est également la langue des îles Belep, tout à fait à l’extrême-nord. La commune de Belep regroupe sept tribus, toutes localisées sur l’île principale.

Nombre de locuteurs

2 116 dont 572 à l’extérieur de la zone traditionnelle d’implantation. Autres estimations : Leenhardt (1946) 600 ; Rivierre (1982) 1 249 ; recensement de 1996 (> 14 ans) 1 522.

Publications littéraires ou religieuses,écriture

Après avoir été le lieu du premier contact européen avec la Nouvelle-Calédonie (voyage de Cook en 1774, cf. 6), Balade a aussi été en 1843 le lieu de contact de la première mission mariste envoyée sur la Grande Terre. Le petit contingent de Maristes présent pendant la seconde moitié du 19ème se montre préoccupé d’apprendre le nyelâyu et de collecter des données. Les publications religieuses produites durant cette période comprennent un recueil de textes religieux (catéchisme, prières, abrégé d’histoire sainte, méditations) par les Pères Gagnière, Montrouzier et Rougeyron en 1855 (il s’agit du premier ouvrage en langue kanak jamais publié) et un autre catéchisme dû au Père Rougeyron, publié en 1893. A noter la parution récente d’un livret Cantiques en langue de Belep, réalisé en 1975 à Nouméa. L’orthographe des Maristes était assez déficiente. L’écriture n’a été normalisée qu’assez récemment avec les travaux d’A.-G. Haudricourt et de F. Ozanne-Rivierre.

Analyses et documents linguistiques

Documents anciens. Les documents anciens sont relativement nombreux et comprennent surtout des listes de vocabulaire recueillies pendant les voyages et expéditions qui s’échelonnent entre la fin du dix-huitième siècle et la seconde moitié du dix-neuvième.  Ont été publiés notamment : – listes de mots de Cook et Forster (1778). [Elles ont été présentées aussi dans : Haudricourt A., and K. J. Hollyman, 1960, The New Caledonian vocabularies of Cook and the Forsters, Journal of the Polynesian Society 63/3, pp. 215-227]. – listes recueillies par La Billardière (1800) et Rossel (1808) pendant l’expédition d’Entrecasteaux. – listes de Laferrière (1845) et Fabre (1847), qui ont accompagné la première tentative d’implantation de la mission mariste. Ces listes ont été publiées dans la Revue coloniale. – une liste de plantes cultivées recueillie par le chirurgien de marine Vieillard (1862) qui publie aussi avec son collègue Deplanche, des notes gramma¬ticales en 1863. – un inventaire d’ignames et de cannes à sucre dû à Greslan (1893). A ces documents il faut ajouter les manuscrits attribués au Père Gagnière, comprenant un dictionnaire et des listes de phrases datés des années 1852-1853. Enfin un texte de tradition orale "Le chef de Touho" a été publié en langue de Belep, en appendice de son ouvrage Mœurs et superstitions des Néo-calédoniens. (Nouméa, 1900). Documents plus récents. La documentation constituée à partir de la seconde moitié du vingtième siècle comprend :  – les listes de M. Leenhardt (LDAM 1946) sur les deux dialectes du nyelâyu : celui de Arama-Balade (n° 20) et celui de Belep (n° 21). – les travaux du Père M.-J. Dubois sur le dialecte des îles Belep : dictionnaire, textes et initiation à la langue (micro-édition du Musée de l’Homme). – le dictionnaire non publié d’ A.-G. Haudricourt, version revue et enrichie des documents anciens et des listes de Leenhardt.

En 1998 paraît aux éditions Peeters une monographie consacrée au nyelâyu :  OZANNE-RIVIERRE F. (avec la collaboration de B. Boiguivie, S. Boiguivie et E. Dedane), 1998, Le Nyelâyu de Balade (Nouvelle-Calédonie), Langues et Cultures du Pacifique 12, Paris, Peteers. [Cette monographie rassemble une documentation histo¬rique, un dictionnaire, des nomenclatures, des contes et un index français-nyelâyu. L’essentiel de la grammaire figure dans un exposé de quarante-cinq pages placé en introduction].

Enseignement

Le nyelâyu a été enseigné dans l’école populaire kanak qui a fonctionné à Balade pendant quelques années. Quelques heures mensuelles sont dispensées au collège privé Hypolithe Bonou de Pouébo.

Type de langue: 
Nouvelle-Calédonie