Occitan ou langue d’oc

La langue d’oc ou occitan représente, à côté de l’espagnol (ou castillan), du portugais, du catalan, du français, du francoprovençal, du rhétoroman, de l’italien, du sarde, du roumain et du dalmate, une des langues romanes ou néo-latines qui se sont développées à partir du latin dans les anciens territoires de l’empire romain. Il est habituellement classé dans un groupe « gallo-roman » qui comprend également, dans sa définition la plus extensive, le catalan, le francoprovençal, le français, le rétho-roman (romanche, ladin, frioulan) et, pour certains linguistes, les dialectes d’Italie du Nord (ou « gallo-italiques »). Le groupe gallo-roman est parfois divisé en trois sous-groupes : le galloroman septentrional (langue d’oïl et francoprovençal), le galloroman méridional (occitan et catalan), le galloroman cisalpin (rhétoroman et gallo-italique).

Variation géographique et aire d’extension

L’occitan est habituellement divisé en six dialectes : gascon, languedocien, provençal, vivaro-alpin (ou provençal alpin), auvergnat, limousin. Parmi ces dialectes, le gascon est le plus différencié ; le nissart (parler de Nice) est proche du provençal côtier, mais est plus archaïsant et présente quelques influences italiennes et ligures.

Il est toutefois difficile de tracer des limites précises entre ces différents dialectes, car, en réalité, on a affaire à un continuum. Les dialectes doivent donc être considérés, moins comme des réalités objectives, que comme des catégories typologiques abstraites destinées à classer et ordonner (toujours imparfaitement) la réalité du terrain.

Le mouvement occitaniste contemporain a eu tendance à prendre le languedocien comme dialecte de référence, sans pour autant chercher à en substituer l’usage à celui des autres dialectes.

La langue d’oc est parlée traditionnellement de l’Atlantique et des Pyrénées (y compris le Val d’Aran en territoire espagnol), à plusieurs vallées alpines d’Italie, en passant par le pourtour méditerranéen au sud ; au nord elle s’étend jusqu’à une ligne passant quelques kilomètres au nord de Libourne, Confolens, Guéret, Montluçon, Vichy, Ambert, Thain-l’Hermitage, Briançon. De La Rochefoucaut aux environs de Roanne, sur une largeur de 20 à 50 km s’étend une zone hybride oc-oïl, le Croissant. Enfin un parler occitan, issu des parlers alpins d’Italie, est parlé depuis le XVème siècle dans le village de Guardia piemontese en Calabre (Italie du Sud).

Histoire de la langue et de ses usages

La littérature

La littérature occitane est ancienne et prestigieuse. Si l’on excepte un refrain en langue vulgaire dans une aube latine de la fin du IXème siècle, les premières œuvres connues sont : la Passion de Clermont (vers 950), le Poème sur Boèce (vers l’an 1000), les poésies religieuses de Saint-Martial de Limoges (début du XIème siècle), la Chanson de Sainte Foi (vers 1040). Aux XIIème et XIIIème siècless, la poésie des troubadours et la fin’ amor (l’amour courtois) rayonnent dans toute l’Europe. Deux mille cinq cents poèmes environ nous sont parvenus et quelque 250 mélodies.

Ces poèmes sont transcrits dans des « chansonniers » où figurent également, pour chaque troubadour, des sortes de biographies littéraires en prose, plus ou moins romancées, les vidas, ainsi que des commentaires des chansons, les razós. Le premier troubadour connu est Guillaume IX, comte de Poitiers et duc d’Aquitaine ; parmi les plus célèbres on peut citer : Jaufre Rudel, Bernard de Ventadour, Pèire Cardenal. Au XIIème et au XIIIème siècles, l’occitan a servi de langue littéraire, non seulement en Catalogne dont la langue est – à cette époque encore plus qu’aujourd’hui – très proche de l’occitan, mais également en Italie du Nord : plusieurs troubadours tel que Sordello da Goito sont italiens et une partie importante des textes n’est connue que par des manuscrits copiés en Italie du Nord.

Parmi les œuvres majeures de la littérature occitane médiévale, figurent également La Chanson de la croisade, récit en vers de la croisade contre les Albigeois et le Roman de Flamenca roman courtois en vers sur le thème du désir et de la jalousie. Le Moyen Age occitan a également produit des nòvas (récits en vers) ; des vies de saints et des récits religieux, en vers ou en prose (Vie de Sainte Douceline, Histoire de Barlaam et Josaphat...) ; des chroniques : Chronique du siège de Damiette (1219), Chronique romane de Montpellier (1088-1426), Chronique des Comtes de Foix (XVème siècle), L’Histoire Journalière (1498-1539) du Marseillais Honorat de Valbelle ; des traités de grammaire et de poétique, (Las Razons de trobar du Catalan Ramon Vidal de Bessalú, et les Leys d’amor...) ; des mystères (pièces de théâtre à thème religieux) ; des traités de mathématique, de chirurgie, de sciences naturelles. En 1492, le premier livre imprimé en occitan est le Compendion de l’Abaco, traité de mathématiques appliquées du Niçois Françés Pellos.

Aux XIVème et XVème siècles, au moment même où l’usage de l’occitan tend à se développer dans le domaine administratif et juridique, on assiste à un déclin relatif de la littérature. Ce déclin n’est sans doute pas sans rapport avec les conséquence de la Croisade contre les Albigeois (fondation de l’Inquisition en 1232) et aux calamités qui vont s’abattre sur l’Europe pendant ces deux siècles (guerre de cent ans, famines, épidémies). C’est aussi l’époque où le français s’affirme comme langue littéraire et où la littérature d’oïl se met à jouer un rôle moteur au niveau européen. Mais il s’agit là de phénomènes relevant de l’histoire littéraire : cette situation ne constitue pas une menace pour la pratique de l’occitan et ne conduit pas à une substitution du français à l’occitan comme langue écrite.

Pendant la deuxième moitié du XVIème siècle et jusque vers 1650, au moment où le français se substitue à l’occitan dans l’ensemble des usages écrits et ou l’ancienne scripta (orthographe) tombe en désuétude, on assiste à une renaissance poétique, sur la base des différents dialectes et avec des graphies individuelles plus ou moins francisées. Les poètes majeurs de cette « renaissance baroque » sont le Gascon Pey de Garros (entre 1525 et 1530-1581), le Provençal Louis Bellaud de la Bélaudière (1543 ? -1588), Le Toulousain Goudouli (1580-1649). De cette époque date Lo Gentilòme gascon de Guillaume Ader (vers 1570-1638), épopée faisant le récit de l’accession au trône d’Henri IV.

Après 1650 et jusqu’au milieu du XIXème siècle, la littérature occitane se cantonne de plus en plus dans des genres mineurs ou populaires : théâtre, parodies burlesques, noëls, fables, chansons. Quelques auteurs, cependant, maintiennent, par des œuvre plus ambitieuses, le flambeau d’une littérature qui n’en finit pas de s’éteindre : le parlementaire aixois Jean de Cabanes (1654-1717), auteur de 100 contes en vers, de comédies et d’un millier de courts récits en proses, les Paraulos e fats notables eitant serious coumo plezents (Paroles et faits notables tant sérieux que plaisants) ; le Marseillais François-Toussaints Gros (1698-1748), employé des « fermes générales », poète et fabuliste de talent ; le Rouergat Claude Peyrot (1709-1795), ecclésiastique disciple des physiocrates puis révolutionnaire, auteur des Géorgiques patoises ; l’abbé montpelliérain Jean-Baptiste Fabre (1727-1783), auteur notamment de l’Histoire de Jean l’an pres, sorte de conte philosophique anti-moraliste et anti- rousseauïste.

En 1854 Frédéric Mistral (1830-1914) fonde le Félibrige et la parution de son poème Mirèio donne le signal de la renaissance de la littérature d’oc. Mistral hausse le provençal rhodanien au rang de langue littéraire, restaurant ainsi la dignité de la langue d’oc ; il est aussi l’auteur d’une œuvre lexicographique monumentale le Tresor dóu Felibrige, dictionnaire général et pluridialectal de la langue d’oc.

Le XIXème et le début du XXème siècle donneront à la littérature occitane de nombreux poètes : les Provençaux Joseph Roumanille (1818-1891), Théodore Aubanel (1829-1886), le Limousin Joseph Roux (1834-1905), les Languedociens Auguste Fourès (1848-1891), Proper Estieu (1860-1939), Antonin Perbosc (1861-1944), les Gascons Simin Palay (1874-1965), Miquèu de Camelat (1871-1932), Philadelphe de Gerde (1871-1952). Pendant cette même période on assiste à l’émergence d’une prose occitane moderne avec le récit du Marseillais Victor Gelu (1808-1885) : Nouvé Granet, les Proso d’armana et les Memori e raconte de Mistral, les récits autobiographiques de Baptiste Bonnet (1844-1925) : Vido d’enfant e Varlet de mas, L’Istori de la Prouvenço e dóu miejour di Gaulo de Pierre Devoluy (1862-1932), le Roman de Felix Gras (1844-1901) Li rouge dóu miejour, celui de Simin Palay Los tres gojats de Bòrdavièlha, les œuvre de Justin Bessou (1845-1918), Valère Bernard (1860-1936), Joseph d’Arbaud (1874-1950). En 1904 Frédéric Mistral recevait le prix Nobel de littérature.

Après la deuxième guerre mondiale, la prose occitane moderne connaît son plein épanouissement avec des auteurs tels que les romanciers rouergats Henri Mouly (1896-1981), Paul Gayraud (1898-1996) et Jean Boudou (1920-1974) ; le Nîmois Robert Lafont (né en 1923), auteur de d’une douzaine de romans et également de poèmes, d’œuvres théâtrales, d’essais ; les Montpellierain Max Rouquette (né en 1908) et Max Allier (né en 1912), nouvellistes, romanciers et poètes ; Bernard Manciet (né en 1923) romancier et poète gascon ; Pierre Bec (né en 1921), gascon également ; les provençaux Charles Galtier (né en 1913) et Pierre Pessemesse (né en 1931) ; la Limousine Marcelle Delpastre (1925-1998) ; le Languedocien Yves Rouquette (né en 1936)... Cette littérature aborde tous les sujets et sa thématique n’a rien de localiste ou de régionaliste. Parmi les auteurs de la génération suivante on peut citer : Joan Ganhaire (né en 1944) ; Jean-Claude Forêt (né en 1950) ; Ferdinand Deléris (de la génération précédente par son âge, mais tard venu à la littérature occitane) ; Jean-Claude Serres (né en 1944) ; Joan dau Melhau (né en 1948) ; Michel Chadeuil (né en 1947) ; Jean-Marie Pieyre (1954-1999) ; Jean-Frédéric Brun (né en 1956) ; les Provençaux Jean-Yves Casanova (né en 1957), Marcel Minuissi (décédé prématurément en 1993), Bernard Giely (né en 1945). La Provence a également donné à la littérature occitane contemporaine plusieurs grands poètes : Georges Reboul (1901-1993), Henri Espieu (1923-1971), Max-Philippe Delavouët (1920-1990), Serge Bec (né en 1933).

L’écrit non-littéraire

Dès le Xème siècle des mots ou des membres de phrases en occitan apparaissent dans des chartes ou d’autres documents juridiques écrits en latin. Le cartulaire de l’abbaye de Sauxillange, en Auvergne, contient une liste de cens 2 en occitan, dont on a pu établir qu’elle a été rédigée à une date comprise entre 1060 et 1073. Le premier texte non littéraire connu, rédigé intégralement en occitan, daté, et comportant des phrases complètes avec des verbes conjugués, est l’acte de donation des biens d’un hobereau rouergat, Adémar Ot, à sa fille Guilhema, daté du 10 avril 1102.

L’usage de l’occitan pour la rédaction de documents non littéraire est attesté par de nombreuses chartes dès le XIIème siècle. Cet usage s’étend à l’ensemble des régions occitanes au XIIIème siècle et se développe aux XIVème et XVème. Au cours de ces deux siècles, l’usage de l’occitan, concurremment au latin, est courant dans tous les domaines de l’écrit : chartes, archives municipales, pratique notariale, procès verbaux des assemblées d’Etats, contrats commerciaux, contrats d’assurance maritime, livres de raison, livres de comptes, correspondance administrative, commerciale ou privée... De fait, l’introduction du français a lieu au moment même où l’occitan est sur le point de supplanter définitivement le latin comme langue écrite usuelle.

Les premiers documents en français apparaissent dès la fin du XIVème siècle dans le Nord de l’Auvergne, mais cent ans plus tard dans le sud de la même province et c’est dans le courant du XVIème siècle que le français se substitue massivement et définitivement à l’occitan, comme langue écrite, dans l’ensemble des provinces d’oc. On trouve encore quelques documents en occitan vers 1620 en Provence orientale et en Rouergue (le registre paroissial de Rieupeyroux, dans l’Aveyron, est en occitan jusqu’à l’an 1644). Le Béarn fait exception puisque, bien que le Parlement de Pau soit passé au français dès 1620 sur ordre du roi, le béarnais reste utilisé par d’autres institutions jusqu’en 1789 (notamment dans les procès-verbaux des assemblées des Etats), voire jusque vers 1815 par certains notaires.

Usages sociaux

Le français est largement ignoré dans la plupart des provinces d’oc, y compris par les élites intellectuelles et sociales, jusqu’au début du XVème siècle. A la fin du XVème siècle et au début du XVIème, le français est d’abord une langue de « techniciens » : magistrats, officiers royaux, clercs, scribes, notaires... puis, au cours du XVIème siècle, sa connaissance s’étend dans les classes dirigeantes. Au début du XVIIème siècle l’ensemble des élites aristocratiques et bourgeoises est bilingue, tandis que le peuple ignore encore massivement le français (sauf semble-t-il dans les régions situées le plus au nord du domaine occitan : Basse Auvergne, Dauphiné occitan...). Le français ne pénétrera dans les couches populaires qu’à partir du XIXème dans les villes, à la fin du XIXème au début du XXème siècle dans les campagnes, mais la population reste encore très largement bilingue. Le recul massif de la connaissance et de l’usage social de l’occitan, ainsi que la rupture de la transmission familiale s’accomplissent à partir du début du XXème dans les villes et au lendemain de la seconde guerre mondiale dans les campagnes.

Mouvements renaissantistes

Deux organisations ont joué un rôle essentiel dans la renaissance d’oc, le Félibrige et l’Institut d’Etudes Occitanes (I.E.O.) :

Le Félibrige est fondé en 1854 par Frédéric Mistral dans le but d’organiser la renaissance de la langue et de la civilisation des pays d’Oc. Malgré des tiraillements internes entre différentes tendances idéologiques, il a été le moteur de la renaissance littéraire de la langue d’oc au XIXème siècle et a joué un rôle important dans la pensée fédéraliste (que ce soit le fédéralisme à l’échelle de la France ou le fédéralisme pan-latin).

Le siège actuel du Félibrige est à Aix-en-Provence, il est dirigé par un « consistoire » de 50 « majoraux » qui élisent en leur sein, pour un mandat temporaire, un « capoulié » ou président. Il comprend différents grades : mainteneur, maître d’oeuvre, maître en gai savoir, majoral. Sur le plan territorial il est organisé en « maintenances » régionales présidées par un « syndic » et en « écoles » locales présidées par un « capiscol ».

L’I.E.O. a été fondé à Toulouse en 1945. Il a joué un rôle important dans les années 50 et 60 de structuration du mouvement littéraire et culturel, notamment par l’édition de livres et de revues scientifiques ou littéraires, ou par l’organisation de « stages pédagogiques » puis d’écoles ou d’universités d’été.

Dans les années 70, il a été miné par des divisions, qui ont abouti à une scission et au départ d’un certain nombre d’intellectuels qui fondent l’association Obradors occitans. Vers la fin des années 80, ces querelles se sont apaisées et l’I.E.O. a progressivement retrouvé une crédibilité en orientant ses activités vers l’action culturelle, et surtout l’édition et la diffusion. De nos jours l’I.E.O. est le premier éditeur de livres en occitan, et le premier diffuseur. Sur le plan territorial, l’I.E.O. est organisé en sections régionales et départementales.

L’occitan en France aujourd’hui

Littérature, édition, presse, médias

Aujourd’hui la littérature occitane reste florissante et plusieurs dizaines d’ouvrages en occitan paraissent chaque année malgré la condition marginale de l’édition en occitan, le manque de moyens de diffusion et l’étroitesse du marché (un roman en occitan se vend à quelques centaines d’exemplaires). A part quelques rares auteurs comme Max Rouquette, Bernard Manciet ou Jean Boudou, la littérature occitane est relativement peut traduite, donc peu connue du grand public.

Le nombre de périodiques totalement ou partiellement rédigés en occitan est relativement important. Ces publications sont pour la plupart animées par des bénévoles et paraissent souvent dans des conditions difficiles, et avec peu de moyens (et parfois de façon irrégulière) ; elles sont le plus souvent mensuelles, bimestrielles, trimestrielles, voire semestrielles ; il existe un seul hebdomadaire : La Setmana. Parmi les revues littéraires on peut citer OC qui paraît depuis 1923, Lo Gay Saber qui paraît depuis 1919, Lo Leberaubre, Reclams.

Parmí les publications d’information culturelles et/ou générales : Occitan !, L’Occitan, Lou Felibrige ; en Provence : Prouvènço d’aro, Aquò d’Aquí ; en Gascogne : Per Noste, en Périgord : Paraulas de Novelum. Dans le domaine de la pédagogie : Lenga et País d’Òc. Dans le domaine de la recherche sur la matière occitane et de la reflexion sur l’occitanisme : Estudis Occitans (dont la parution a été suspendue en 1999 mais qui devrait reparaître), La Revista Occitana. Il existe une revue pour enfants : Plumalhon, qui parait dans deux éditions (languedocien et gascon). La tradition des « almanacs » annuels, issue du XIXème siècle, reste représentée notamment par l’Armana Prouvènçau, l’Armana de Mesclum (de Marseille), l’Armanac Setòri (à Sète), l’Armanac d’Arièja, l’Armanac de Louzèro... Il existes des rubriques en occcitans (le plus souvent hebdomadaires) dans plusieurs quotidiens (La Marseillaise, La Dépêche du Midi, Le Petit Bleu du Tarn et Garonne...).

L’occitan à la télévision

Certaines stations régionales de France 3 programment des émissions en occitan, mais il y a de grandes disparités d’une région à l’autre. En 2001 la situation était la suivante : 35 heures par an en région P.A.C.A. ; 20 h. par an sur France 3 Sud (Midi-Pyrénées et Languedoc-Roussillon) ; rien pendant longtemps en Aquitaine et depuis peu Tintin doublé en occitan à raison de quelques minutes par semaine ; rien sur France 3 Limousin et France 3 Auvergne.  Sur les radios locales de Radio-France, outre Radio-France-Landes qui diffuse une émission quotidienne d’1/2 heure en gascon, il existe quelques rendez-vous ponctuels (le plus souvent hebdomadaires) sur certaines stations (RF Périgord, RF Provence, RF Vaucluse, RF Nîmes, RF Isère). Il existe également des émissions en occitan sur quelques radios associatives ; en Béarn, Radio-País émet presque exclusivement en gascon, à Paris Radio-Pays émet un jour par semaine en occitan (les autres jours de la semaine étant réservés à d’autres langues de France). Une chaine de télévision en occitan fonctionne sur l’internet avec de tout petits moyens (http://www.oc-tv.net)

Nombre de locuteurs, transmission, usages sociaux

Le nombre de locuteurs de l’occitan n’est pas connu avec précision, mais, quel que soit ce nombre, il est certain que la grande majorité des locuteurs sont des gens âgés et que la transmission familiale de la langue a pratiquement cessé.

Les quelques enquêtes existantes, croisées avec des données démographiques, permettent d’évaluer le nombre de locuteurs, en 1999, aux environs de 2 millions sur une population d’environ 14 millions d’habitants, la plupart étant âgés de plus de cinquante ans. En 1920, le linguiste Jules Ronjat évaluait ce chiffre à plus de 10 millions.

Enquêtes sur la pratique de l’occitan

Des enquêtes de type déclaratif ont été effectuées en 1997 dans les régions Aquitaine (sauf la zone bascophone) et Languedoc-Roussillon (sauf le Roussillon). En Languedoc-Roussillon, 34% des personnes interrogées déclarent comprendre l’occitan, dont 9% le comprendre parfaitement, 19% déclarent le parler dont 7 % bien le parler, avec un net décalage entre les départements ruraux et les départements plus urbanisés (Lozère : comprendre 63%, parler 48% ; Hérault : comprendre 25%, parler 14%), ainsi qu’entre les jeunes et les vieilles générations (plus on monte dans la pyramide des âges, plus le nombre de personnes déclarant comprendre et parler est important). En Aquitaine les chiffres sont comparables : comprendre 35% dont comprendre parfaitement 13%, parler 19% dont bien parler 7% (Dordogne : comprendre 54%, parler 34% ; Gironde hors agglomération bordelaise : comprendre 27%, parler 13% ; agglomération bordelaise : comprendre 11 %, parler 3%). Par tranche d’âge : 15-24 ans : comprendre : 15% ; 55 ans et plus : comprendre 55%. Les résultats de ce type d’enquêtes doivent être interprétés avec précaution, néanmoins on peut constater qu’ils sont cohérents.

L’enquête famille annexée au recencement de 1999, elle aussi déclarative, fait apparaître que, parmi l’ensemble des adultes vivant en France en 1999, 1 644 700 auraient reçu l’occitan de leurs parents, en y ajoutant 180 500 personnes qui déclarent pratiquer l’occitan, cela donne un nombre de locuteurs potentiels d’au moins 1 825 200 personnes . Le nombre de personne déclarant pratiquer effectivement la langue est de 789 000.

Enseignement

L’effectif des élèves recevant un enseignement d’occitan dans le premier et le second degré, représente près de la moitié de l’effectif des enseignements de langues régionales ; mais si on rapporte les chiffres à la population scolaire des régions concernés, on constate que l’enseignement de l’occitan est moins développé que celui d’autres langues régionales. Même si cet enseignement semble en progression, il s’en faut que les dispositions généreuses de la circulaire 95-086 du 7 avril 1995 qui organise l’enseignement des langues régionales, aient été prises en compte partout et à tous les nivaux. Les disparités entre académies et établissements sont considérables. Pour exister, l’enseignement de la langue d’oc doit continuer à surmonter toutes sortes d’obstacles, à commencer par des préjugés aussi tenaces qu’anciens. Les mesures mises en place en 2002 par l’Education Nationale (arrêtés du 19/4/2002, circulaires du 2002-103 et 2002-104 du 30/4/2002) vont sans doute améliorer sensiblement la situation, même si elle ne réussissent peut-être pas à vaincre les réticences idéologiques de certains fonctionnaires.

Dans le premier degré (élémentaire et pré-élémentaire), les dernières statistiques disponibles qui concernent l’année scolaire 1999-2000 font état de 54 417 élèves ayant bénéficié d’un enseignement de sensibilisation de 1 à 3 heures (le plus souvent 1 heure). Un effort a été fait pour le développement de l’enseignement bilingue puisque, en 2001-2002, environ 2 000 élèves bénéficient d’un enseignement dans le cadre de classes bilingues où l’occitan est non seulement langue enseignée mais aussi langue d’enseignement à parité horaire avec le français, contre 1088 en 1996-1997. Dans les Bouches-du-Rhône, ont été mis en place des “centres renforcés” dans lesquels les élèvent reçoivent un enseignement de provençal à raison de trois à six heures par semaine sur l’ensemble du cursus primaire ; plus de 3 000 élèves bénéficient de cette expérience. En 1999-2000 les écoles associatives bilingues Calandretas scolarisaient quelque 1800 élèves dont la quasi-totalité dans le premier degré (le premier collège Calandretas a été ouvert à la rentrée 1998 pour une classe de sixième).

Dans le second degré, le nombre d’élèves ayant bénéficié d’un enseignement d’occitan sous forme d’option facultative ou de langue vivante obligatoire, était, en 1999-2000 (dernières statistiques disponibles) de 17 195 élèves dont 14 882 au collège et 2 313 au lycée 3. En 1998, 2 354 élèves ont passé une épreuve d’occitan au baccalauréat, dont 1614 en épreuve orale facultative, 673 en épreuve orale obligatoire, 66 à l’écrit.

Des enseignements d’occitan existent dans le supérieur, principalement mais pas exclusivement, dans les universités du Sud de la France. Plusieurs université délivrent des diplômes (DEUG, licences, maîtrises) de lettres ou de langues étrangères avec mention occitan. L’Université de Toulouse délivre un Diplôme Universitaire d’Etudes Occitanes (DUEO) ; l’Université de Pau des licences mixtes anglais-occitan ou espagnol-occitan ; l’Université d’Aix-Marseille I, une licence de “provençal-langue d’oc”, l’Université de Montpellier III, un DEUG, une licence et une maîtrise d’occitan, ainsi qu’un DEA d’études romanes, option occitan.

Jean SIBILLE (DGLFLF)

Type de langue: 
Langues régionales hexagonales