Palikur

Autre nom

pahikwaki ou parikwaki

Famille de langues

famille arawak (autre langue de la même famille parlée en Guyane : l’arawak "proprement dit" ou lokono)

Principales caractéristiques

Le palikur a 14 consonnes et 5 voyelles orales dont chacune a une correspondante nasale. La syntaxe est de type accusatif (avec des sujets et des objets, ces notions recouvrant celles employées en grammaire française). Contrairement à la majorité des langues amérindiennes, le verbe n’est pas fléchi par le sujet (qui doit apparaître sous la forme d’un groupe nominal ou d’un pronom autonome) ; en revanche les marques personnelles de l’objet sont suffixées. Dans le nom, le possessif apparaît sous la forme d’un préfixe.

Le verbe marque l’aspect mais non le temps. On trouve un système très riche de suffixes modaux, certains exclusivement verbaux, d’autres pouvant affecter aussi bien les noms que les verbes : ils marquent la continuité, l’intention, la probabilité, le mouvement, la totalisation, l’intensité etc. Dans la syntaxe, une partie des subordinations prend une forme propositionnelle (avec des conjonctions ou des relatifs), une autre prend la forme de nominalisations (p.ex. je finis d’écrire doit être tourné par un nom déverbal je finis mon écriture).

Le trait le plus remarquable est l’impressionnant système de classification. Comme dans de nombreuses langues du monde, les numéraux sont accompagnés d’un classificateur (en palikur, un suffixe) correspondant au type d’entités comptées. Ainsi on dira paha-v-wi awayg un homme, paha-v-u tino une femme (et ainsi pour les êtres humains respectivement masculins et féminins), paho-w uwas une orange (et ainsi pour les objets de forme régulière), paha-t ennetet un crayon (et ainsi pour les objets de forme plus ou moins cylindrique), pahak axtet une table (et ainsi pour les objets plats), paha-mku umuh une pirogue (et ainsi pour les objets concaves), paha-tra ahin un chemin (et ainsi pour ce qui est linéaire) paha-kti ah un arbre (et ainsi pour ce qui se présente de manière divergente), paha-a payt une maison (et ainsi pour tout ce qui a une forme géométriquement irrégulière)... Ce qui est plus rare est que des suffixes classificateurs se retrouvent dans certains verbes et adjectifs (par exemple : nettoyer un objet pointu, concave, régulier, fragmenté..., ou dire qu’un tel objet est beau... : le verbe ou l’adjectif varie ainsi selon la forme de l’objet. Ainsi, laver en général se dit sukuh, mais laver une chose linéaire (comme une corde) se dit sukuh-buka, laver une chose plate sukuh-mina, laver un objet concave (comme une assiette) sukuh-ava, etc. Ce système est croisé avec une catégorie du genre à trois termes (masculin, féminin, neutre) ; sont du masculin : les humains et animaux supérieurs mâles, les astres, les animaux plutôt gros ou plutôt inutiles et nuisibles ; sont du féminin les humains et animaux supérieurs femelles, les animaux plutôt petits et plutôt utiles ou sympathiques, les plantes, les objets de forme régulière ou de contours solides ; sont du neutre les objets irréguliers ou difficiles à saisir, et les notions abstraites...

On note la présence relictuelle d’une langue cérémonielle dénommée kiaptunka, ou langue des Aînés, qui servait lors des relations diplomatiques entre les anciens clans patrilinéaires, toujours actifs pour le choix des conjoints. Cette langue n’a guère conservé plus d’une centaine de mots, dont beaucoup de métaphores.

Aire géographique

- En Guyane : Saint Georges de l’Oyapock (au bourg, et dispersé sur la crique Gabaret), Macouria, Régina, Roura (village Favard) - Ailleurs : dans l’Amapa au Brésil

Nombre de locuteurs

- En Guyane : 700 personnes selon F. et P. Grenand, dont 320 sur l’Oyapock et 380 ailleurs) ; un certain nombre de personnes se reconnaissant comme Palikur ont en fait pour langue maternelle le créole guyanais). - Au Brésil : entre 800 et 1 000 personnes (dans l’Amapa).

Histoire

Le berceau historique des Palikur est la région du Uaça. dans l’Etat d’Amapa (Brésil), région longtemps disputée entre la France et le Brésil jusqu’au règlement de 1900 (qui a fixé la frontière sur l’Oyapock). Ils ont alors renforcé leur présence sur la rive gauche du fleuve, d’abord à Saint Georges, puis en essaimant dans divers villages, le plus à l’Ouest étant Macouria.

Ecriture

Il existe très peu d’écrit, sauf le Nouveau Testament (Uhokri Gannasan), publié en 1982 au Brésil par les missionnaires du SIL, et des usuels bilingues, voire trilingues palikur/portugais/caripuna.

Sur le site internet de l’IRD-Guyane on peut consulter :

LAUNEY M. Eléments de grammaire palikur

Enseignement

On ne connaît pas de présence scolaire en Guyane, mais on prévoit pour l’année 2002-2003 le recrutement d’un ou deux médiateurs culturels bilingues. Un enseignement bilingue fonctionne correctement au Brésil ; on y trouve des manuels scolaires en palikur

Vie quotidienne

RFO diffuse cinq jours par semaine Kannuhka, émission de quelques minutes sur la langue et la culture palikur, par Phil Labonté.

Source : CNRS, CELIA

Type de langue: 
Zone Caraïbe