Tahitien

Nom de la langue

La langue tahitienne est nommée reo tahiti en tahitien.

Famille linguistique, indications d’ordre linguistique ou sociolinguistique :

rameau oriental des langues polynésiennes, groupe océanien, famille austronésienne.

La langue tahitienne comporte cinq voyelles (chacune pouvant être brève ou longue), et neuf consonnes. L’une de ces consonnes est l’occlusive glottale (notée par une virgule renversée ou par une apostrophe). Elle correspond aux consonnes /ng/ et /k/ des langues de Nouvelle-Zélande et des Tuamotu : « vent » mata’i (Tahiti), matangi (N.-Zélande et Tuamotu) ; « droit » ti’a (Tahiti), tika (N.-Zélande et Tuamotu).

Si dans la capitale Pape’ete on entend plus souvent parler français que tahitien, c’est la situation inverse dans les districts. Dans les îles, seul le tahitien est parlé quotidiennement sauf lorsqu’on s’adresse à des étrangers. D’une façon générale, la population est bilingue à des degrés divers ; beaucoup s’expriment avec difficulté en français, voire pas du tout pour les personnes âgées. Bien que le tahitien soit en situation de langue dominée, les rapports avec le français ne sont pas conflictuels. (Cf. aussi 8. Présence dans la vie quotidienne et les médias.)

Aire géographique

Le reo tahiti (langue tahitienne) est la langue vernaculaire des îles de la Société : Iles du Vent (Tahiti et Mo’orea), Iles sous-le-Vent (Ra’iatea, Taha’a, Huahine, Porapora, Maupiti). En dehors de cette aire d’origine, des variétés de cette langue se distinguant par des particularités locales, sont parlées dans la partie de l’archipel des Tuamotu appelée Mihiroa, et aussi dans l’île de Tupua’i. La langue tahitienne, largement majoritaire en nombre de locuteurs, est aussi et depuis longtemps la langue véhiculaire de l’ensemble de la Polynésie française. Enfin la langue tahitienne est présente en Nouvelle-Calédonie dans les communautés de Tahitiens immigrés.

Nombre de locuteurs

Environ 150 000 personnes parlent le tahitien ; ce chiffre provient de questions posées lors des recensements et qui demanderait à être confirmé par des enquêtes linguistiques. Le recensement de 1996 en Nouvelle-Calédonie fait mention d’une population de 5 170 Tahitiens présents dans ce Territoire.

Publications littéraires ou religieuses, écriture

La langue tahitienne est écrite et enseignée depuis le début du XIXème siècle. Les premiers écrits datent de 1810 (abécédaire) et la première traduction de la Bible en tahitien de 1838. A cette époque et jusqu’au Protectorat (1842) les missionnaires anglais ouvrent de nombreuses écoles « indigènes » utilisant exclusivement le tahitien. La traduction biblique reste encore le livre le plus lu ; elle est considérée comme le modèle d’une langue classique qui n’est plus tout à fait celle d’aujourd’hui.

La littérature orale traditionnelle est surtout connue par des textes recueillis au XIXème siècle, traduits et présentés dans l’ouvrage « Tahiti aux temps anciens » de Teuira Henry. Les publications littéraires récentes en langue tahitienne sont des poésies, des récits, des textes inspirés de la littérature orale, des traductions à partir du français ou de l’anglais. Il existe aussi des pièces ou adaptations théâtrales en langue tahitienne. D’une manière générale, la production littéraire est freinée par l’étroitesse du marché et la rareté des subventions.

Une Académie tahitienne (vingt membres) a été créée en 1974 chargée de normaliser la langue et de la promouvoir (concours littéraire) ainsi que de réaliser des ouvrages techniques (grammaire, dictionnaires, lexiques). Elle a publié récemment un choix de textes des auteurs participant aux concours littéraires qu’elle organise.

Enseignement

La loi Deixonne (1951) autorisant l’enseignement des langues régionales dans les écoles a été rendue applicable à la Polynésie en 1981. Le tahitien a été introduit dans les écoles primaires dès 1982 et l’année suivante dans le 1er cycle du secondaire. Il est option au baccalauréat depuis 1985. Le nouveau statut de 1996 a étendu cet enseignement aux établissements secondaires et prévu un cursus de formation à l’Ecole Normale mixte de la Polynésie française

Enseignement supérieur : Un DEUG dénommé Reo Ma’ohi a été créé en 1990 et une licence en 1993. Tous les cours (à l’exception des cours de civilisation) sont donnés en tahitien. Le cursus inclut aussi des cours de pa’umotu, de marquisien, de hawaiien et de maori. Nombre d’inscriptions annuelles : 50 puis 100 depuis la création du CAPES tahitien-français ouvert en septembre 1997. Première promotion de capésiens titulaires : 6 en 1999. Une maîtrise de Langues et Civilisation Polynésiennes est envisagée pour la rentrée de l’an 2000.

Des cours polycopiés de linguistique et grammaire sont disponibles en langue tahitienne depuis 1995 (Peltzer).

Vie quotidienne et médias

Le reo ma’ohi n’a pas statut de langue officielle malgré l’insistance du Gouvernement territorial pour l’obtenir. La loi statutaire de 1996 autorise néanmoins son utilisation dans les sphères autres que celles réservées au français.

Le domaine du français concerne : l’administration et les documents administratifs, la justice, l’enseignement, la presse et la télévision. Dans la pratique la situation n’est pas aussi tranchée et certains aménagements existent : les employés des services publics en contact avec le public sont bilingues, certains documents officiels sont rédigés en tahitien, la justice utilise des interprètes, la langue tahitienne est présente à la télévision (journal télévisé, publicité notamment). Le reo ma’ohi est enseigné et utilisé comme langue d’enseignement (cf. 7). Le domaine privilégié du tahitien concerne : le culte et les activités religieuses (toutes confessions), les périodiques religieux bilingues, la vie politique et les débats à l’Assemblée territoriale, les activités culturelles, la vie quotidienne et sociale, la radio. Il existe une abondance de cassettes et disques de chansons tahitiennes.

Louise PELZER (Université de Polynésie française)

Type de langue: 
Polynésie française