Wallisien

Nom de la langue

wallisien, faka’uvea, East Uvean (EUV)

Famille linguistique, indications d’ordre linguistique ou socio-linguistique

Le wallisien appartient à la famille des langues polynésiennes. A l’intérieur de cette famille, la place du wallisien a longtemps été controversée. En effet, suite aux invasions tongiennes à Wallis, le wallisien a subi une forte influence du tongien ; or ce dernier forme, avec le niue, une branche spécifique de la famille polynésienne. Néanmoins, les spécialistes s’accordent généralement pour classer le wallisien dans le sous-groupe du polynésien nucléaire, aux côtés de la majorité des langues de la famille polynésienne, malgré cette forte influence tongienne.

Le wallisien comporte 12 consonnes et 5 voyelles, qui peuvent être longues ou brèves. C’est une langue à structure actancielle mixte, ergative avec certains verbes, accusative avec d’autres. Dès les premiers contacts européens, le lexique s’est enrichi d’emprunts à l’anglais et au latin d’église, puis au français. Une majorité de Wallisiens sont bilingues, français/wallisien, mais une bonne proportion de personnes âgées de plus de quarante ans parlent peu ou pas français.

Aire géographique

Le wallisien est parlé par la quasi-totalité des habitants de l’île de Wallis (Territoire d’Outre-Mer de Wallis et Futuna). Une partie importante de la population wallisienne a migré en Nouvelle-Calédonie, où séjournent à l’heure actuelle plus de Wallisiens qu’à Wallis même. Pour la plupart, les Wallisiens de Nouvelle-Calédonie se sont installés dans la région de Nouméa.

Nombre de locuteurs

Wallis : 9 750 (recensement 2008) ; Nouvelle-Calédonie : environ 12 000 (recensement 1996).

Publications littéraires ou religieuses, écriture

Ecriture

Le Père Bataillon, premier missionnaire mariste arrivé à Wallis, a élaboré au cours des nombreuses années passés dans l’île un dictionnaire wallisien-français de qualité, comportant des transcriptions tenant compte des deux difficultés phonologiques de la langue, à savoir la consonne glottale et la longueur vocalique ; sans cesse revu et augmenté du vivant de son auteur, le dictionnaire n’a été publié qu’en 1932. Celui du linguiste K. Rensch, publié à Canberra en 1984, s’en inspire très largement, mais propose une orthographe simplifiée ne tenant plus compte de la longueur vocalique. Depuis l’introduction d’un enseignement de wallisien dans les collèges et le lycée de Wallis, une orthographe phonologique a été rétablie, prenant en compte l’ensemble du système, y compris la consonne glottale (notée par une apostrophe) et la longueur vocalique (notée par un tiret suscrit, ou, à défaut, par l’accent circonflexe). C’est ce système d’écriture qui a été retenu pour la grammaire en cours de rédaction.

Productions religieuses

Divers livres de prières, histoires saintes, catéchismes ont été imprimés en wallisien ; la plupart sont introuvables actuellement, mais sont listés dans O’Reilly P., S.M., 1964, Bibliographie méthodique, analytique et critique des Iles Wallis et Futuna, Publication de la Société des Océanistes n°13, Paris, 68p.  Il existe aussi plusieurs catéchismes, le dernier datant d’août 1999. Une traduction de l’Ancien et du Nouveau Testament est en cours.

Analyses et documents linguistiques

Le dictionnaire du Père Bataillon est riche et bien noté. On peut lui reprocher de n’offrir au lecteur qu’une majorité d’exemples religieux, peu représentatifs de la langue parlée. (Bataillon P., 1932, Langue d’Uvea (Wallis). Grammaire-dictionnaire uvea-français. Dictionnaire français-uvea-anglais, Paris, Librairie orientaliste Paul Geuthner, 640p.). Le linguiste Karl Rensch a très largement repris le dictionnaire du Père Bataillon, l’enrichissant de néologismes de peu d’intérêt (en particulier, les noms de tous les pays du monde, “ wallisianisés ”), mais sans apporter de nouveaux sens ou de nouveaux exemples aux termes wallisiens. (Rensch K.H., 1984, Tikisionalio Fakauvea-Fakafalani. Dictionnaire Wallisien-Français, Canberra, Pacific Linguistics, Series C-86). Karl Rensch est aussi l’auteur de plusieurs articles (notamment sur la classification du wallisien dans la famille polynésienne et sur les emprunts du wallisien au tongien) et d’une Petite méthode d’apprentissage du wallisien, comportant de courts textes de conversation courante. (Rensch K.H., 1981, Palalau Faka’uvea. La langue de Wallis (Uvea) en 24 conversations enregistrées sur cassette, Canberra, Australian National University, 57p.).

Concernant la grammaire, plusieurs études de fond ont été menées, dont une thèse (Nguyen-Ba-Duong, A., 1995, Le wallisien. Etude des unités significatives. Thèse soutenue à l’Université Paris V) élaborée essentiellement à partir du wallisien parlé par des migrants travaillant dans la région minière de Thio en Nouvelle-Calédonie) et des travaux inédits d’un linguiste américain, Niko Besnier. Dans le cadre de l’Association socio-culturelle de Wallis, Claire Moyse-Faurie, linguiste au CNRS élabore actuellement, en collaboration avec cinq enseignants wallisiens, une Grammaire fondamentale du wallisien ; ce travail devrait être achevé fin 2002. Plusieurs ouvrages concernant la littérature orale et l’ethnohistoire ont été publiés.

Le Père Henquel a publié, vers 1910, Talanoa ki Uvea nei, Wallis, Presses de la Mission, 63p. Il s’agit d’un recueil de généalogies et de l’histoire traditionnelle de Wallis, encore largement commentée de nos jours. Plus récemment, Raymond Mayer, pendant son séjour comme enseignant à Wallis, a recueilli auprès de ses élèves des textes de tradition orale, qu’il a ensuite classés et commentés (Mayer R., 1976, Les transformations de la tradition narrative à l’île Wallis (Uvea), Paris, Musée de l’Homme, Publications de la Société des Océanistes 38, 311p.). Enfin, d’importantes fouilles archéologiques ont été effectuées dans les années 80, par une équipe d’archéologues et d’anthropologue de l’ORSTOM Des traditions orales ont été enregistrées, mais peu exploitées. Par contre, la mise au jour et la restauration de sites archéologiques (comme le Talietumu) a permis une mise en valeur spectaculaire des vestiges tongiens à Wallis.  Tout récemment, un petit livret bilingue de contes wallisiens a été édité sous forme ronéotée par la Direction de l’Enseignement catholique (Ko te ’u fagana o ’Uvea-nei. Les légendes de ’Uvea "Wallis", 1999, Livret bilingue édité par la DEC, 79p.).

Enseignement

Collèges et lycée

Une heure de wallisien par semaine est dispensée dans les collèges et au lycée de Wallis, mais cette heure est facultative. Elle est assez bien suivie au collège, mais très peu au lycée. Par ailleurs, deux heures de catéchisme sont dispensées en wallisien chaque semaine dans chaque classe.

Maternelles

Depuis la rentrée 1998, une expérience d’accueil et d’enseignement en wallisien dans la plus petite section maternelle a débuté dans trois classes "expérimentales", une par district. Cette expérience est une initiative de la Direction de l’Enseignement Catholique, qui contrôle tout l’enseignement maternel et élémentaire à Wallis et Futuna, mais elle se déroule en accord et avec l’aide de l’Education nationale, et en particulier du Conseiller pédagogique. Pour superviser la mise en place de cet enseignement, la DEC a détaché un instituteur à plein temps, Dismas Heafala, qui, avec la « Cellule de réflexion » (huit membres) mise en place en mars 1997, est chargée d’assurer le suivi. A la rentrée 1999, l’expérience s’est poursuivie en moyenne section, puis en grande section à la rentrée 2000.

La Cellule de réflexion sur l’enseignement des langues et cultures locales a édité un recueil (25 pages) de consignes, d’exercices et de comptines, destiné à étayer cet enseignement en maternelle.

Vie quotidienne et médias

Tous les Wallisiens parlent et utilisent quotidiennement leur langue. Majoritairement, ils n’utilisent le français que dans les contacts avec les personnes d’origine européenne, ou dans le cadre scolaire.

Il n’existe pas de quotidien, mais un hebdomadaire (Te Fenua fo’ou) commun à Wallis et à Futuna, en français, à l’exception parfois d’une double page en wallisien, consacrée à un thème religieux.

Utilisation dans la vie publique et politique

Les conseils coutumiers se déroulent en wallisien. Dans les services administratifs, les Wallisiens s’adressent en wallisien si l’employé est wallisien, sinon en français. Pour les réunions officielles entre les chefs coutumiers et le préfet ou d’autres fonctionnaires, un interprète est en général présent. L’Assemblée territoriale siège à Wallis, avec interprètes, et compte rendus bi ou tri-lingues.

Emissions de radio ou de télévision

RFO-radio présente plusieurs courtes émissions quotidiennes d’informations en wallisien, et, depuis quelque temps, deux heures hebdomadaires d’émissions culturelles le vendredi et le samedi après-midi. RFO-télévision présente 40 minutes d’information hebdomadaire (le « Talalogo ») sur Wallis et Futuna, en wallisien.

Disques, cassettes, vidéos, cédéroms…

Il existe quelques cassettes audio et des compact disques de chansons modernes (mi- en français, mi- en wallisien).

Claire MOYSE-FAURIE (CNRS, LACITO)

Type de langue: 
Wallis et Futuna