Xârâcùù

Langue parlée dans l’aire coutumière Xaracuu

Nom de la langue

xârâcùù, nââ xârâcùù, langue de Canala (notée anesù par Leenhardt).

Famille linguistique, indications d’ordre linguistique ou sociolinguistique

Le xârâcùù appartient au groupe sud des langues kanak, tout comme les autres langues de l’aire coutumière Xârâcùù. Il possède une phonologie assez riche, avec 26 consonnes et 34 voyelles longues et brèves. La structure syllabique ne permet pas les successions de consonnes et les consonnes finales. L’accent est démarcatif : il porte sur la première more des unités de trois mores au plus, ou sur les deux premières mores des unités de plus de trois mores.  Le xârâcùù est une langue à « morphèmes accentogènes », liés entre eux par un phénomène de couplage. Les procédés de dérivation et de composition sont riches et complexes et constituent l’essentiel de la morphologie.  L’ordre des mots est généralement SVO. Cependant, le sujet peut être rejeté après le verbe, et est alors introduit par une préposition agentive. Langue omniprédicative, elle présente cependant une opposition verbo-nominale assez marquée par des contextes nominaux et verbaux bien distincts. Le système de numération est à la fois quinaire et vigésimal.

Aire géographique

Le xârâcùù est parlé dans les villages de la commune de Canala, ainsi que dans la commune de Thio (Thio village, Ouroué et Thio-Mission (St-Philippo I), Ouindo et Kouaré). Il est en contact avec le xârâgurè dans les villages St-Michel, St-Pierre et St-Paul ; les villages de Ouipoin et Koindé, sur la commune de La Foa, sont aussi de langue xârâcùù.

Nombre de locuteurs

environ 6 000 locuteurs, essentiellement dans les communes de Canala et de Thio. Il est difficile de faire une estimation sur le nombre de locuteurs xârâcùù installés en permanence dans la région de Nouméa.

Publications littéraires ou religieuses, écriture

L’écriture utilisée actuellement dans les ouvrages, les articles linguistiques et les manuels destinés à l’enseignement a été mise au point au début des années 1980 par les linguistes du LACITO-CNRS. Elle tient à la fois compte de l’identité phonologique de la langue, de considérations pratiques (usage de diacritiques disponibles sur un clavier ordinaire) et du souci d’harmoniser la notation des différentes langues de la Grande Terre. Le dictionnaire de G.W. Grace utilise une écriture phonétique. Les missionnaires (Leenhardt, Neyret, Colomb) ont transcrit le xârâcùù en utilisant les mêmes caractères que pour l’ajië, et sans tenir compte des spécificités de la langue. Le Père J.B. Neyret a traduit plusieurs évangiles et un catéchisme en langue xârâcùù.

Analyses et documents linguistiques

Le xârâcùù est l’une des langues kanakes de la Grande Terre bien documentée. Outre le dictionnaire Nakéty-français et français-Nakéty du Père J.B. Neyret (18 cahiers manuscrits), deux dictionnaires ont été publiés, l’un xârâcùù-anglais et anglais-xârâcùù de G.W. Grace (1975), l’autre de C. MOYSE-FAURIE et M.-A. Néchérö-Jorédié (1986) xârâcùù-français et français-xârâcùù. De son côté, Jean-Claude Rivierre a étudié de près le système accentuel. En outre, G.W. Grace a émis des hypothèses sur l’histoire phonologique de cette langue. Une grammaire a été publiée en 1995, de même que plusieurs articles linguistiques ; des textes de tradition orale figurent de manière éparse dans diverses publications. Un manuel d’enseignement, a été élaboré en 2001 par l’actuel Père de Thio, André Ba Duong Nguyen.

Autre document :  Moyse-Faurie, Claire, 1995. Le xârâcùù, langue de Thio-Canala (Nouvelle-Calédonie). Eléments de syntaxe. Paris : Peeters-Selaf, Langues et cultures du Pacifique 10.

Enseignement

L’Ecole Populaire Kanake de Canala est pratiquement la seule à s’être maintenue jusqu’à aujourd’hui, malgré des années difficiles entre 1986 et 1988. Le succès de l’EPK de Canala est due au charisme de sa fondatrice, Marie-Adèle Néchérö-Jorédié, elle-même enseignante, et qui a réussi à s’entourer d’autres enseignants bénévoles, à élaborer des livrets pédagogiques et à mettre sur pied des programmes adaptés à chaque niveau ; elle a réussi à convaincre les parents de laisser leurs enfants à l’EPK et de s’y investir. Les principes pédagogiques de l’EPK prônent l’interaction élèves/enseignants : « faire avec » plutôt que « dire de faire », avec deux objectifs : « asseoir le petit Kanak dans sa culture » et « l’ouvrir au monde moderne pour apprendre à en maîtriser les techniques ». Depuis quelques années, les élèves de l’EPK de Canala peuvent rejoindre l’école publique, au niveau CM1, et semblent y réussir leur scolarité. Le xârâcùù est aussi enseigné depuis plusieurs années à Thio dans le collège catholique Francis Rougé, et à Canala au collège d’État.

Médias

Plusieurs vidéos ont été tournées sur l’ensemble de l’aire xârâcùù, dans les années 80, par des membres de l’Office culturel scientifique et technique canaque. Un cédérom de textes en langues xârâcùù et xârâgurè a été élaboré pour le Centre Culturel Tjibaou à partir d’enregistrements effectués par Claire Moyse-Faurie dans les années 1980.

Type de langue: 
Nouvelle-Calédonie